[CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre — COMPLET

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JoKeR
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par JoKeR »

Ah moi je pensais a invisibilité pour faire une attaque sournoise ou équivalent ^^
Mes modestes créations : des 7hex "à la Islayre d'Arghol" :

Les Derniers jours de la Hague Blanche, du med fan frisqué
De sel et de Sang (WIP), de l'aventure avec du crime organisé "réaliste"
A bord du Transhimeyen, aventure ferroviaire dans le Vastemonde
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Islayre d'Argolh
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par Islayre d'Argolh »

JoKeR a écrit : jeu. avr. 20, 2023 12:31 pm Ah moi je pensais a invisibilité pour faire une attaque sournoise ou équivalent ^^

L'ogre-mage du MM n'a pas de capacité de type "sournoise"...
Donc ça veut dire qu'il aurait consacré son tour 3 a devenir invisible pour ensuite bénéficier au tour 4 d'un avantage (attaquant invisible) sur la première de ses deux attaques au contact.

L'arbitrage n'est pas évident entre les deux tactiques et je ne suis pas certain que ça aurait fait une grande différence vu la masse de dégâts que Bran lui avait infligé avec la flèche magique (il lui aurait fallu beaucoup de tours invisible pour régénérer tout ça et ça aurait ruiné le rythme du combat).
 
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par BenjaminP »

Islayre d'Argolh a écrit : jeu. avr. 20, 2023 1:10 pm L'ogre-mage du MM n'a pas de capacité de type "sournoise"...
Donc ça veut dire qu'il aurait consacré son tour 3 a devenir invisible pour ensuite bénéficier au tour 4 d'un avantage (attaquant invisible) sur la première de ses deux attaques au contact.

L'arbitrage n'est pas évident entre les deux tactiques et je ne suis pas certain que ça aurait fait une grande différence vu la masse de dégâts que Bran lui avait infligé avec la flèche magique (il lui aurait fallu beaucoup de tours invisible pour régénérer tout ça et ça aurait ruiné le rythme du combat).
 

C'est nécessairement un mauvais calcul dans cette configuration.
Premier cas : tour 1, invisibilité, tour 2, deux d20 lancés, si l'un des deux ou les deux passent la CA du voleur => un dégât.
Deuxième cas : tour 1, un d20 lancé, s'il passe la CA => un dégât, tour 2, un d20 lancé, s'il passe la CA => un dégât.
Autrement dit, les chances de faire au moins un dégât sont les mêmes dans les deux cas (2d20 lancés), mais dans le deuxième il existe en plus une chance de faire deux dégâts.

La seule petite chose qui modifie ce calcul est la capacité de voleur uncanny dodge, qui nécessite de voir son adversaire, et ne peut donc pas se déclencher contre un adversaire invisible. Mais comme c'est en échange de la possibilité de faire deux fois plus de dégâts, le calcul n'est toujours pas excellent...
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par Islayre d'Argolh »

BenjaminP a écrit : jeu. avr. 20, 2023 2:52 pm C'est nécessairement un mauvais calcul dans cette configuration.

C'est même pire que ça puisque l'ogre-mage fait deux attaques par action d'attaque.
Mais d'un autre coté chaque tour "off" c'est 10 PV de récupérés avec sa régénération...
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par BenjaminP »

Episode 12

Avant-dernier épisode de cette fort belle campagne, que je vous prie de retrouver ci-dessous. Cette fois, je me suis autorisé quelques licences, surtout vers la fin, que mes camarades reconnaîtront peut-être et me pardonneront j'espère, pour deux raisons principales : déjà parce que les scènes de grosse bataille, c'est à la fois très dur à décrire, à écrire bien, ce n'est pas du tout ce que je préfère, mais c'est encore plus pénible à lire et ce à peu près quoi qu'on fasse pour peu tout du moins qu'on veuille donner une vue d'ensemble au lecteur, ce qui n'est pas toujours pertinent mais ce qui, dans le cadre d'un CR, paraît important toutefois. Il m'a donc fallu ruser à une ou deux reprises, couper pas mal de choses, simplifier çà et là. Je ne pense pas cependant avoir dénaturé quoi que ce soit, j'estime être resté tout à fait conforme à la scène (aux scènes) telle que jouée, mais je peux me tromper bien entendu. La deuxième raison, c'est que je savais disposer de beaucoup de temps pour le rédiger, si j'ai bien que j'ai traîné un peu, il faut bien l'avouer, même si cela servait aussi à répartir correctement dans le temps les deux derniers épisodes de la campagne de Neuvaine et du Tribunal d'Islayre (bientôt sur vos étagères) ! Si bien que j'ai pu transformer ou oublier quelques détails, évidemment. Sur ce, bonne lecture !

Le silence des gerfauts

« Ça sent la bataille... »
Perché sur les remparts, Bran contemplait la murmuration de gerfauts qui, depuis l'aube, assombrissait l'horizon au-dessus du lac de Faun. Il n'en avait jamais vu de telle depuis la nuit passée sur le plateau de Flech-Eor, quand il avait repérée, au loin, la même nuée dansant au milieu des flammes qui ravageaient Port-Courage. Cela ne lui disait rien qui vaille. Portée par un vent moite, elle enflait comme un nuage d'orage, prête à fondre sur Neuvaine.
Depuis les rues en contrebas, Bran entendait les échos de la procession organisée pour la pénitence publique de Tessilina. Il imaginait Éli ravie, qui dissimulait son sourire derrière l'un de ses masques pour mieux profiter de l'humiliation de cette mère-la-vertu. Lui avait préféré s'éviter ça. Se mêler à la foule sans pouvoir la détrousser sonnait comme un calvaire. Alors il restait là, jambes ballantes sur les créneaux, à étudier le terrain dans ses moindres aspérités. Au sud-ouest, la motte où viendrait à coup sûr se poster les engins. Au sud-est, le roncier où se dissimulait l'embouchure du tunnel que les sapeurs avaient consolidé sur ordre d'Édouain. Entre les deux, la plaine labourée par les sabots des bœufs, des chars et des chevaux, que les habitants avaient copieusement détrempée en se relayant, matin, midi et soir, seaux à la main, pour briser la charge et embourber les béliers. Son regard glissa de là jusqu'aux pieds des remparts. Il put alors arborer lui aussi un sourire satisfait : les instructions du chevalier à la sombre armure avait été suivie à la lettre. Là, pas la moindre goutte d'eau n'avait été versée. La terre était sèche comme les sept enfers de la Faille, la croûte de gel épaisse comme le pouce. Il prédisait de bien belles chûtes aux assaillants qui tenteraient d'y poser leurs échelles. Une simple pichenette enverrait leurs reins embrasser la bruyère.

Les festivités finies, Éli vint le retrouver et lui apporter les nouvelles de la ville. Édouain rassemblait les hommes, ils ne tarderaient pas. Les armes étaient prêtes, les réserves pleines, les chaudrons bouillants. Un émissaire des orcs était venue dès l'aube leur annoncer la progression des Dents rouges dans la haute-forêt, ils seraient là à temps.
Il n'y avait plus qu'à attendre.
À attendre la horde.
Et au midi sonna le tocsin.

Gobelins, wargs, hobes, gerfauts, en nombre inédit. Shamans, sorciers, fantassins, cavaliers. Cors et bannières, armes de siège. Un géant en leur sein, plus haut qu'un chêne centenaire. Et le chevalier noir qui les menait tous au combat, depuis le camp de fortune déjà dressé.
De l'autre côté des murs, Édouain galvanisait les défenseurs tout ouïe. Il réchauffait les cœurs et forgeait de sa verve ciselée le caractère de toute une ville, sa volonté de tenir, de combattre et de vaincre. Son plan ne souffrait pas la moindre défaillance. Il avait besoin de leur bras à tous, de leur soutien sans faille. Qu'aucun ne vacille et tous vivront ! Les murs seraient encore debout ce soir et, à leurs pieds, la horde brisée gésirait ! Pour Neuvaine ! Pour l'histoire ! Et c'est alors, à l'apogée du tumulte de centaines de poings frappant leur cuirasse, que la porte de la ville vola en mille échardes, en même temps que leur plan.
Le géant de la horde venait de lancer une barrique pleine de cet acide infernal qui avait tué le père Frêne sur l'élément central de leur défense. Édouain n'eut pas beaucoup de temps pour réagir : la charge n'attendrait pas. Il distribua rapidement les rôles et se posta en première ligne, sombre armure contre noir chevalier, tandis que Bran et Éli filaient vers les remparts que le géant s’apprêtait à prendre d’assaut.
Dès qu’ils furent partis, la boule de feu frappa.
*
* *

Meurtris, désorganisés, les défenseurs firent corps autour d’Édouain pour résister à la charge des wargs qui s’engouffraient par la porte dégondée. Pris d’une rage frénétique, les gobelins qui les chevauchaient sentaient déjà la victoire au bout de leurs cimeterres. C’est là qu’apparurent aux fenêtres les archers de Tortetrogne, tandis que la première ligne de défenseurs s’effaçait pour laisser devant eux se faufiler les lances. Formant un arc de cercle autour des cavaliers à présent pris dans la nasse, ils attendirent le signal du héros général, qui ne tarda pas. La pluie de traits fit la moitié du travail. La seconde fut emportée au corps au corps. Mais la joie d’Édouain et de son escadre fut de courte durée, car au-delà des murs paraissait déjà la relève, le chevalier noir à sa tête. Celui-ci avait ôté son heaume pour exhiber la gueule odieuse et sauroforme par laquelle il crachait cette bile acescente, qui rongeait les armures aussi bien que les hommes.

Sur les remparts, Bran passait de créneaux en créneaux et emportait, trait pour trait, autant d’ennemis que ses doigts pouvaient compter. Il voulut même régler son compte au collineux d’un coup décisif en plein front mais le géant avait la tête trop dure pour l'acier de ses pointes ; le géant répliqua en arrachant à la terre une poignée de roches de la taille d’un porc qu’il envoya droit sur le hourd dont la façade explosa, manquant d’emporter le voleur. Autour de lui, sur le chemin de ronde, quelques rares échelles avaient tenu bon et les hobes menaçaient d’affluer autour de cet échafaudage branlant sur lequel Bran se tenait en équilibre bien précaire, mais il n’avait pas le temps de s’en occuper. Le géant n’aurait qu’à arracher une ou deux poutres à portée des battoirs qui lui servaient de mains pour l’envoyer vingt pieds plus bas. Il encocha. Ce n’était pas le moment de fléchir. Il ne vit même pas derrière lui les pointes de glace transpercer tous les hobes qui étaient parvenus à mettre le pied sur la muraille. Il libéra sa flèche. Elle fila droit et clair. Le géant s’effondra, emportant dans sa chute les dernières échelles.
Éli avait remarqué, à l’ouest, ce mince nuage de poussière s’élever sur les collines. Les Dents rouges approchaient. Les sorciers de la horde qui faisaient pleuvoir les feux de l’enfer sur les défenseurs éreintés étaient encore bien à l’abri derrière leurs lignes, sur la motte. Plus pour longtemps. Elle chargea Otchi de prévenir les orcs, rassurant le corbeau sur ses capacités. Le shaman le comprendrait. Il fallait simplement les guider le long de la tourbière, afin qu’ils arrivent au pied de la colline et surprennent les sorciers. Elle se chargerait du reste. Elle sauta au pied des remparts et choisit un cheval de réserve dans l’écurie. À la prochaine ouverture, elle filerait.

À présent, Bran avait rejoint Édouain dans le tunnel qui leur avait permis de prendre à revers l’escadre du chevalier noir en se faufilant par-delà les murs, et de le coincer ainsi entre le marteau et l’enclume. Quand ils étaient arrivés en vue du chevalier saurien qui fendait les lanciers comme le merlin la bûche, Bran avait tenté le tout pour le tout : la deuxième flèche du roi Pénombre.
« J’ai une flèche à ton nom, Exataris ! Retourne en enfer ! »
Quand celle-ci s’était plantée juste sous l’épaule, entre deux plaques d’armure, il faillit sauter de joie. Mais il déchanta bien vite. Le saurien se retourna vers les deux hommes et partit d’un grand rire.
« Personne ne sait mon nom, vaurien ! »
Puis il cracha sa bile. Une fumée acrimonieuse s’éleva qui engloutit aussitôt Bran dans ses volutes mordicantes. Affaibli par ses prouesses précédentes sur les remparts, le voleur s’effondra, suffoquant. Édouain hésita un instant, puis il aperçut Éli qui perça le nuage et ravit leur ami pour le placer en sécurité en croupe de sa monture. Alors, il chargea sans plus réfléchir en direction du chevalier noir. Le fracas du combat remplissait l’atmosphère ; son armure l’absorbait, comme les rayons du soleil. Il était temps.

Éli fendit le champ de bataille au triple galop, marmonnant les invocations rituelles sans se préoccuper du reste. Le corps déjà serti du givre de sa chère forêt sur lequel venait de s’empaler un gobelin imprudent, elle voulait aller plus loin encore, elle voulait atteindre les esprits servants, les âmes blêmes, les pestilents. Ils apparurent soudain et l’environnèrent d’un effroyable néant qui engloutit les quelques hobes infortunés venus à sa rencontre comme un ventre affamé. En cet instant suspendue entre les camps, Éli n’était plus de ce monde. Elle s’était mue en l’éther nébuleux, l’armée des condamnés, l’annonciatrice d’apocalypse. Trop occupés à repousser les orcs qui venaient de les surprendre par le flanc, les sorciers de la horde ne purent rien pour l’arrêter. Elle se fraya parmi eux un chemin vif, effroyable, au bout duquel, telles les fleurs d’une couronne macabre, ils furent récoltés jusqu’au dernier. Au-dessus d’elle, là-haut, même les gerfauts s’étaient tus.

Et tandis qu’elle retrouvait sur la motte Otchi et les orcs en train de crier victoire, aux pieds de la muraille, entre les vantaux de la porte enfoncée d’une Neuvaine meurtrie, Édouain essoufflé, le visage dégoulinant de sueur et de sang, transperçait la garde du chevalier saurien dans un dernier assaut désespéré, alimenté des cris qui lui parvenaient de toute part et que son armure buvait comme l’ambroisie des dieux. Elle en voulait encore. Mais la bataille s’achevait et ils avaient vaincu. Lentement, dans le ciel, la murmuration se dispersait. Seuls quelques oiseaux s’attardèrent, autour d’une tente dressée à la hâte avant l’assaut, loin derrière les lignes. Quel que fût son contenu, Édouain s’y dirigea. Si dame Valna, ou son père, se trouvaient à l’intérieur, il était temps de les rencontrer.
Dernière modification par BenjaminP le jeu. mai 25, 2023 4:44 pm, modifié 3 fois.
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par Islayre d'Argolh »

Ce panache, ce style ! :rock :wub:




Pour ceux qui intéressent au volet technique :

Le joueur d'Edouain a effectué deux test avant la bataille : Intelligence (Histoire) pour la stratégie défensive et Charisme (Diplomatie) pour la harangue et le moral des troupes.

Les tests ont été effectués avec 3d20-garde-le-median et avec des dés bonus correspondant aux bénéfices des petits avantages qui ont été accumulés tout au fil de la campagne (de mémoire d4 pour la stratégie et d6 pour la harangue).

En fonction des résultats, j'ai calculé la difficulté des trois combats successifs a mener (le géant, le chevalier noir et le mage-artilleur hobogbelin, tous entourés de piétaille). Plus les résultats étaient élevés, plus les combats étaient "faciles" (tout est relatif mais on partait de deadly-quasi-ingagnable pour aller jusqu’à hard).

Toutes les bonnes idées des joueurs ont été récompensées par des jetons dans le pool commun d'Inspiration.

Et voila ! (comme disent les français !)
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par Tholgren »

Houuu, plus qu'une séance si Jeune Mabuse ?

C'est toujours aussi chouette ! Du coup on attend le 7hex dans la collection Chibi avec impatience !
Comme disait Trotsky* : "Quand le prolétariat se remonte les manches, la bourgeoisie serre fort les fesses !". (* source Tonton Pogo)
 
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par Islayre d'Argolh »

Tholgren a écrit : ven. mai 26, 2023 8:38 amDu coup on attend le 7hex dans la collection Chibi avec impatience !

Je te recommande plutôt de l'attendre avec patience :mrgreen:

J'ai un certain nombre de textes en attente de publication ici et là : ma bonne résolution personnelle est de ne pas écrire une ligne de JdR tant que tout n'est pas publié.

Je pense que je peux raisonnablement tabler sur 6-8 mois de pause :D
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par Tholgren »

Islayre d'Argolh a écrit : ven. mai 26, 2023 9:47 am
Tholgren a écrit : ven. mai 26, 2023 8:38 amDu coup on attend le 7hex dans la collection Chibi avec impatience !

Je te recommande plutôt de l'attendre avec patience :mrgreen:

J'ai un certain nombre de textes en attente de publication ici et là : ma bonne résolution personnelle est de ne pas écrire une ligne de JdR tant que tout n'est pas publié.

Je pense que je peux raisonnablement tabler sur 6-8 mois de pause :D

Ho moi, tu sais je vois pas le temps passé. Tempus fugit ! :yes:
Comme disait Trotsky* : "Quand le prolétariat se remonte les manches, la bourgeoisie serre fort les fesses !". (* source Tonton Pogo)
 
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par Islayre d'Argolh »

Fin de campagne hier soir !

Je suis très content de cette petite tranche de JdR vécue a 4.

Ça faisait une éternité que je n'avais pas mené une campagne de A à Z sans que la vie ou le manque d'enthousiasme ne "tue" la table.

Le fait d'avoir visé le modèle 13th age / Shadow of the Demon lord (10-12 séances) a beaucoup aidé mais une table hyper motivée (et motivante) aussi.

On avait un peu perdu le feeling OSR au fil de la campagne pour une dynamique plus à la façon de Dragonlance, mais il est revenu en force sur ce donjon final avec des joueurs dans une forme olympique.

Spoiler:
A coup de player's skill ils ont méthodiquement court-circuité les deux épreuves du donjon qui étaient censées bouffer leur ressources, ce qui leur a permis d'arriver très frais face au boss et de lui ruiner la gueule façon boulevard de la mort.

Bref, un régal.
Merci infiniment à @Sixte notre hôte du jeudi soir, @hannon et @BenjaminP.

C'était top :bierre:
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par Tholgren »

Bon, je suis d'autant plus impatient de lire le CR du coup !
Comme disait Trotsky* : "Quand le prolétariat se remonte les manches, la bourgeoisie serre fort les fesses !". (* source Tonton Pogo)
 
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par BenjaminP »

Allez, il est temps !

Je vous le fais en deux fois, histoire de rester lisible. Les commentaires viendront ensuite. Enjoy !

Épisode 13

Partie I — La Chimère en étendard

Sur la plaine encore couverte des corps dont se repaissaient les gerfauts résonnaient les tambours monotones et solennels de la Horde défaite, vers laquelle Édouain menait Fagot, au pas, leur bannière en croupe. Répartis en deux longues colonnes qui lui formaient une haie d’honneur silencieuse, lames au clair et en étendard les oripeaux des vaincus, les défenseurs de Neuvaine accueillaient ce lever du jour qui leur éclairait les joues comme le plus beau qu’oncques aucun ne vit ; car tous en leur âme le savait : sans le secours du chevalier à la sombre armure, aucun ne l’eût contemplé. Devant une effigie de Jeanne la Sainte que portait une enfant, Édouain se recueillit un instant et murmura un merci. Où serait-il, aujourd’hui, s’il n’avait jamais croisé sa route ? Probablement mort, au fond d’une galerie de la mine de Hotenow, vers laquelle justement, tandis qu'il y songeait, s’en allaient expier les Guêtres rouges, jusqu’à ce que leur trépas lavât leur trahison. Ainsi de ses péchés, songeait le chevalier. Jamais ne serait-il aussi pur que Jeanne de la Forge le fut, et tant qu’il ne pourrait par sa vertu l’atteindre, ce serait sur les champs de bataille de Neuvaine à Port-Courage que se taillerait la voie de sa rédemption.

La reddition de l’ost mercenaire de gobelins et de hobes, la Chimère, qui constituait le cœur de la Horde s’était déroulée sans heurt, mais il craignait encore que la population réagisse violemment aux termes négociés. Il leur rendrait leur bannière et leur accorderait la vie sauve, à deux conditions : que jamais la Chimère ne se reformât en ces terres, et que, avant l’exil, elle les accompagnât jusqu’aux crocs du Ver, dans l’ancienne forteresse naine où se terrait leur commanditaire et y convainquît tous les guerriers encore présents de déposer les armes à leur tour. L’habileté diplomatique d’Éli le surprendrait toujours : les survivants de la Chimère avaient accepté. Mais les habitants ? Édouain espérait que le châtiment exemplaire infligé aux Guêtres suffirait à les soulager, néanmoins la fièvre du sang enivre pour longtemps les peuples, il ne le savait que trop. Qu’adviendrait-il en son absence ? Les purges, certainement. Il faudrait revenir vite, occuper le palais pour de bon, faute de quoi Neuvaine tomberait une fois encore dans l’anarchie et le ressentiment. Un destin politique l’attendait ; celui-là même qu’il aurait voulu fuir. Celui-là même qui le placerait sur le chemin de la chute, près du pouvoir et bien loin de Jeanne.

Le gobelin Myrkar, qu’il avait épargné voici quelques lunes de l’autre côté des remparts, accepta la bannière sans un mot. Derrière lui, maistre Séverin maintenait ouvert le portail pour encore quelques temps. Bran et Éli discutaient tout sourire, comme pour une promenade en forêt. Bran voyagerait léger, en simple pourpoint de cuir. Il avait récupéré sur le corps du saurien la flèche du roi Pénombre, dont il repassait le fer contre sa pierre à aiguiser. Il n’aurait rien besoin de plus. Appuyée sur la branche du père Frêne, Éli, bien sûr, était plus prudente. Jörg chargeaient ses malles sur les plateaux invisibles qui se chargeraient de les transporter. Hors de question de se trouver si loin sans son nécessaire ! Imaginez qu’il faille bivouaquer ? À les voir ainsi insouciants, Édouain ne put s’empêcher de craindre qu’aucun ne reviendrait jamais.

*
* *

« Bran, attention ! »
L’avertissement d’Éli vint à point nommé. Encore aveuglé par la décharge magique de l’ogre, il n’avait perçu aucun déplacement. Pourtant il était là, à deux pas de lui, prêt à frapper. Mais un rapide pas de côté et la massue s’écrasa sur le sol rocailleux, révélant tout à la fois l’angle de frappe et la position du corps. « Les yeux fermés », pensa Bran en se fendant en direction de la gorge, qu’il perça de part en part. Après avoir vainement tenté de retenir les remugles qui jaillissaient de sa jugulaire, l’ogre s’effondra corps et bien.
« Couché ! Couché ! »
Bran se frotta les yeux, qui retrouvaient petit à petit leur fonction. À quelques mètres de là sur le flanc du chemin, Eli était encore aux prises avec le drake. À en juger par sa robe en lambeaux, elle avait eu quelques problèmes à établir son autorité. Mais la mort de son maître avait sapé chez la bête toute velléité de se battre ; elle céda soudain aux injonctions de la sorcière vivement éraflée et recula en grognant.
« Vilain ! »
Éli incanta quelque sombre malédiction, mais les hobes de la Chimère, qui n’avaient pas voulu intervenir jusque-là, se jetèrent sur l’animal avant qu’il ne soit trop tard : après tout, reformer une ost ne se ferait pas tout seul. Myrkar parvint à l’attraper au collier.
« Laissez-le nous, mes Seigneurs, proposa-t-il. Gortor était idiot de s’opposer à vous, mais le drake ne devrait pas avoir à payer sa stupidité. Songez qu’il pourrait nous servir si d’autres ne consentaient pas à se rallier. Les ogres abrutis ne manquent pas dans les crocs du Ver, je vous assure. »
Pour toute réponse, Bran encocha une flèche. Éli et Édouain froncèrent les sourcils sans parvenir à le dissuader de lâcher sa corde, qui vibra juste après. Mais plutôt que de réduire au silence le drake qui geignait, penaud, la flèche dépassa toute la bande pour se ficher dans le petit globe d’airain qui flottait derrière eux.
« Un espion, non ? demanda-t-il fièrement.
— Probable, répondit Éli… Nous serons annoncés.
Elle enfourna le globe à présent immobile dans un repli de sa robe, ordonnant à Jörg de la repriser au passage.
— De toute manière, vous n’êtes plus très loin, précisa Myrkar. Au-delà de cette arche s’étendent les galeries noires, où nous résidions. Nous vous y accompagnerons comme convenu. Il ne devrait pas y avoir de grabuge, mais il m’étonnerait bien que Valna n’ait pas conservé au moins un espion capable de l’informer rapidement de la sédition de l’ost. Et au-delà, ce ne sera plus de notre ressort.
— Vous ne nous accompagnerez plus ? demanda Édouain.
— Non. Conformément à notre accord, messire. Après les galeries noires, vous trouverez la salle des Os, jusqu’à laquelle nous avons promis de vous mener. Mais pas au-delà.
— Qu’y a-t-il, au-delà ?
— Nul ne le sait. Aucun d’entre nous n’avait le droit d’y pénétrer et, quand bien même aurions-nous enfreint ce commandement qu’il nous en aurait cuit.
— Un piège, non ? s’interrogea Bran. Du genre ?
— De sa voûte naissent les éclairs qui alimentent les orages de toute la vallée, m’a-t-on dit…
Dernière modification par BenjaminP le dim. juil. 09, 2023 10:59 am, modifié 2 fois.
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Tholgren
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par Tholgren »

Ralala, c'est toujours aussi bien hein !
Vivement la suite (et fin, j'imagine)
Comme disait Trotsky* : "Quand le prolétariat se remonte les manches, la bourgeoisie serre fort les fesses !". (* source Tonton Pogo)
 
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Islayre d'Argolh
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par Islayre d'Argolh »

BenjaminP a écrit : mar. juin 27, 2023 4:18 pm Il avait récupéré sur le corps du saurien la flèche du roi Pénombre, dont il repassait le fer contre sa pierre à aiguiser. Il n’aurait rien besoin de plus.

Alors là, pour le coup, cette action justifie un petit making off.

Bran a effectivement utilisé sa deuxième et dernière flèche magique (qui fait d'énormes dégâts a une créature dont on connait le nom) contre le chevalier-dragon noir lors de la grande bataille de neuvaine.

Sauf que ce précieux atout a été gâché puisque si Bran s'imaginait connaitre le nom du capitaine de la horde, ce n'était en réalité pas le cas car ce dernier utilisait un pseudonyme légendaire afin d'inspirer la crainte !

Donc notre @Sixte national lâche sa flèche et constate effondré qu'elle n'inflige aucun dégâts supplémentaires, restant bêtement plantée dans le bras du sombre chevalier.

Mais là éclair de génie du joueur : "est-ce que je peux me précipiter vers lui et tenter de récupérer la flèche au contact avec ma capacité de classe fast hands ?" Bran n'avait en effet pas encore utilisé son mouvement ni son action bonus de roublard, sachant que l’archétype du voleur dispose précisément d'une action bonus étendue liée a la manipulation d'objets / au crochetage / au pick-pocket (fast hands, donc).

Petite impro : nous décidons d'abord de déterminer si la flèche est brisée/inutilisable (50% de chance) et que la récupérer nécessitera un jet de Sleight of Hand avec une difficulté conséquente.
Double succès du joueur (je ne me souviens plus s'il a du puiser dans ses jetons de chance ou dans la réserve d'inspiration du groupe...) et voila le précieux objet magique sauvé pour le boss de fin de campagne avant d'être rongé par le sang acide du terrifiant hybride !
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Re: [CR] D&D 5E — le Tribunal d'Islayre

Message par BenjaminP »

Partie II — La dame de l’ombre

Fiers, mais disciplinés, les derniers mercenaires restants choisirent la défaite honorable plutôt que l’hallali. La Chimère avait tenu parole et un rôle admirable. Hormis l’ogre Gortor aussi fou que son frère lors de la bataille du Pont, le contingent de garde avait su écouter Myrkar et rendre les armes contre l’espoir de les brandir un jour de nouveau, dans un pays lointain, et ce fut ainsi que la forteresse du Ver s’ouvrit presque sans combat aux héros de Neuvaine, pour les mener jusque dans les entrailles de la montagne. Là, Myrkar les abandonna, non sans les avoir une dernière fois prévenus des dangers qui les attendaient. Valna ne les défierait pas à la loyale, c’était entendu. Elle les attendrait, terrain préparé, au meilleur endroit possible pour les affronter, entourée à coup sûr de quelque création alchimique. Les artefacts dérobés à Neuvaine avaient été rapidement mis à profit, que ce fût pour enrager ses fidèles tels Gortor et son frère ensorcelés par les dents du dragon, ou en créer corps et bien. Myrkar leur compta ainsi comment elle parvenait lors d’expériences démentes à animer les matières molles, l’ichor purulent de monstres de légende asservis, et de ces sanies à faire naître des créatures terrifiantes, entièrement vouées à son commandement.
C’est pourtant seule qu’elle se présenta, quand ils poussèrent sans la franchir la lourde porte qui les séparait de la salle des Os. Sous le dôme en ossements enchevêtrés que parcouraient les volutes lapis d’une magie foudroyante, Valna se tenait bras croisés dans une posture de défi.
« Ma chère, que vous voilà en bien étrange compagnie ! »
Il fallut quelques instants à Éli pour comprendre. Cette femme — cette jeune fille —, elle la connaissait en effet. Il y avait bien des années de cela, quand le Gardien l’avait présentée à la cour nocturne à l’occasion du bal des Débutantes… Il avait tant insisté pour qu’elle retienne tous les noms, tous les visages, inlassablement répétés et reproduits depuis lors des interminables séances de « notions politiques nécessaires à la survie » qu’il lui infligeait dans l’intimité du Bosquet. La fille aînée de l’archiduc Reynfred, l’évêque blanc de l’Échiquier, de la maison du Hibou. Diable ! Une couche de complexité inattendue venait de s’ajouter à toute l’affaire. Que dirait la Reine si elle apprenait les manigances de cette illustre famille ? Qui croirait l’orpheline du Gardien de la Forêt contre la parole d’un membre de l’Échiquier ? Était-il seulement au courant des agissements de sa fille ? Les soutenait-il ?
« Ne réfléchis pas trop fort, ça te gâterait le teint !
— Valna ! l’interpella Éoudain. La Chimère abandonne. Ta Horde est vaincue. Tu peux
— T’ai-je adressé la parole ? l’interrompit Valna. Éli, chère, voudrais-tu bien ordonner à cette roture de laisser parler les Dames ?
Édouain voulut faire un pas vers elle, mais Bran arrêta son mouvement d’un geste autoritaire avant qu’il ne pût franchir le seuil. Du coin de l’œil, il lui indiqua les volutes, le crissement des os qu’elles traversaient, puis le mécanisme aperçu de l’autre côté de la salle, contre la porte opposée.
Sous le crâne d’Éli, d’interminables calculs se mêlaient aux mauvais souvenirs, à l’humiliation que lui avait fait subir cette aristocratie dangereuse que le Gardien lui avait appris à craindre autant qu’à surveiller.
— Ton père est au courant, Valna ? Sait-il que tu contreviens à la doctrine royale en t’immisçant de la sorte dans les affaires du monde de la Plaie ?
— Oh, chère, la Plaie, justement ! Laisse mon père à la cour, il y est fort heureux. Toi, sais-tu seulement à qui appartenait le livre d’ombres que le Naga gardait jalousement pour lui seul ?
Les craintes d’Éli se condensèrent comme le givre autour d’elle qui la recouvrit d’un coup. Depuis le début, elle savait que le grimoire dérobé devait contenir la clé, l’explication finale de ce débordement de violence.
— Un dragon, je suppose ? Exataris lui-même ?
— Oh, comme tu es mignonne ! Tu m’estimes assez pour penser que je risquerais tout pour le savoir d’un Ver ! Non, très, très chère. Ce livre d’ombres… c’est celui du Diable.
Le diable. Le sombre seigneur des fées qui avait réalisé l’impensable et traversé à l’aube des temps le voile entre les mondes. Le diable. L’amant de la Reine de l’Aube qu’elle avait voulu poursuivre pour ce crime impensable et, échouant à reproduire ce pouvoir inouï, elle avait déchiré l’En-Haut en deux sphères distinctes, les Landes et le Blême. Le diable. Celui qui avait ainsi condamné l’Aube et enfermé à jamais dans ce nouveau monde de cendres celle qui devint par sa faute la Reine de la Nuit.
— Tu ne vas pas me dire que cela ne t’intéresse pas, quand même ? Songes-y, Éli. Songe à ce que nous pourrions accomplir toutes les deux avec un tel grimoire… »
Éli sentit ses camarades tressaillir et ne put même pas les en blâmer. Résisterait-elle à l’appel d’un tel pouvoir ? Heureusement, il n’était pas encore temps d’élucider cette question, car dans cet océan de doute surnageait un îlot, une petite certitude immédiate sur laquelle Éli se hissa dès qu’elle put : un tel pouvoir, il serait hors de question de le partager.
« Bran !
— Avec plaisir, ma Dame », lui répondit-il en tirant une flèche de son carquois.

*
* *


Valna n’allait pas, évidemment, se laisser trouer comme une hermine sur un tas de charbon. Elle déguerpit par l’autre porte.
« Pas un pas ! ordonna Bran à ses compagnons, un doigt vers les volutes qui venaient de s’intensifier. Éli, tu as toujours l’orbe d’airain qui nous avait accueillis de l’autre côté du portail ? Elle vient d’en extirper un semblable du mécanisme avant de sortir.
— Le voici.
— Bien. Mais comment traverser la pièce pour parvenir sans risque jusqu’au mécanisme ?
— Ce piège met probablement quelque temps à se recharger, dit Édouain en inspectant les traits d’azur qui sillonnaient le dôme en tout sens. Si nous pouvions le déclencher d’abord…
Éli baissa la tête. Elle avait un peu honte de ce qu’elle allait demander, même si ce n’était pas tout à fait la première fois qu’elle exploiterait cette possibilité.
— Jörg… osa-t-elle dans un chuchotement. Veux-tu bien… entrer dans cette salle, s’il te plaît ? »
Tous imaginèrent un air de désapprobation naître sur le visage invisible, mais aucun ne protesta. Quelques instants plus tard, deux traits de foudre gigantesques naissaient au faîte de la voûte, qui vinrent s’abattre à quelques pas de l’entrée que Jörg avait franchie, puis les volutes bleutées disparurent tout à fait. Immédiatement après, un vacarme étourdissant se fit entendre pendant quelques battements de cœur qu’Éli mit à profit pour disparaître dans un nuage de brume, avant de reparaître de l’autre côté de la salle, l’orbe en main, qu’elle enfonça dans le mécanisme. Le son se tut, et ses deux compagnons la rejoignirent sans heurt.
En ouvrant grand la porte qu’ils venaient d’atteindre, le souffle leur manqua. De l’autre côté, faute de Valna, apparut en effet son laboratoire alchimique, un espace immense où reposait la carcasse savamment découpée d’un immense dragon noir, percée en plusieurs endroits de tiges creuses qui aspiraient ses humeurs et les déversaient dans deux vases de terre cuite aux ornements malsains. Sans leur laisser le temps de s’interroger sur la nature de cette diablerie, les vases se brisèrent et déversèrent leur contenu, deux flaques informes et visqueuses qui prirent rapidement contenance et progressèrent d’emblée dans leur direction. Le sang d’Éli ne fit qu’un tour. Elle n’imaginait que trop ce que ces créatures leur infligeraient au moindre contact.
« Reculez ! Laissez-les entrer dans la salle des Os et tenez-vous prêts à jaillir vers la porte ! »
Comprenant dans l’instant le plan de la sorcière, Bran et Édouain reculèrent d’une dizaine de pas. Puis, dès que les monstres amorphes eurent bien avancé vers eux, ils coururent tous vers la porte tandis qu’Éli ôtait l’orbe du mécanisme. Deux tentacules corrosifs se formèrent qui voulurent les ralentir, sans succès. Ils franchirent le seuil au moment où les éclairs réduisaient en cendre ces aberrations. Plus rien ne les séparait de Valna désormais.

Ils la retrouvèrent au fond du laboratoire, un air de défi sur son front haut. Cinq orbes métalliques de reflets différents sillonnaient les airs tout autour d’elle.
« Valna, il est encore temps, lui proposa Édouain. Donne-nous le grimoire et retourne au Blême.
— Je croyais avoir été claire : je ne parle pas aux roturiers, Éli.
— Mais moi je parle à qui je veux, dame Valna de Reynfred, l’interrompit Bran. Et cette flèche est pour toi.
L’orbe doré eut tout juste le temps de s’interposer entre la pointe de flèche et la gorge de Valna, qui poussa un cri de rage. Sa première défense était percée, d’un coup d’un seul. Elle prononça alors quelques mots qui immobilisèrent le voleur.
— Oui, tu ferais bien de t’intéresser un peu à eux, de temps en temps, s’amusa Éli pendant qu’Édouain se ruait sur Valna.
La dame de Reynfred parvint tant bien que mal à contenir les assauts du chevalier à la sombre armure qui fit tomber ses défenses magiques les unes après les autres, jusqu’à ce que l’orbe d’argent ne vint le clouer au sol, comme écrasé du poids d’un dragon tout entier. Valna crut bon de sourire, à ce moment. Elle avait perdu de vue Éli, qui s’était glissée derrière elle pendant ce duel qui avait bien trop accaparé sa rivale. La branche du père Frêne passa entre ses jambes et la souleva de terre comme un fétu à la fourche.
Éli la tenait à sa merci. Ainsi au sol, son joli petit minois traversé de surprise, elle ne représentait plus grand-chose. Plus de réelles menaces. Mais ensuite ? Comment s’assurer qu’elle ne tenterait plus rien ? Si elle avait succombé aux attraits du livre d’Ombres, elle ne pourrait plus jamais y renoncer. Évidemment, le Gardien dirait que la tuer placerait Éli, et d’ailleurs lui-même, dans une position bien délicate et surtout très dangereuse à la cour. Comment réagirait l’évêque blanc ? C’est dans ce fourmillement de questions qu’Éli se trouvait quand une terrible fatigue s’abattit soudain sur ses épaules. Tant de jours, tant de luttes, tant de morts pour les désirs égoïstes et l’ivresse de pouvoir de cette indécrottable sotte. Elle pouvait achever cette histoire, ici et maintenant. Se reposer enfin, penser ensuite. Elle abattit la branche droit sur la carotide de Valna, qu’elle écrasa d’un coup.
Dernière modification par BenjaminP le jeu. juin 29, 2023 6:07 pm, modifié 1 fois.
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