Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Ciné, télé, zik et bla bla persos (trolls, floodeurs et baskets interdits)
Avatar de l’utilisateur
Erwan G
Envoyé de la Source
Messages : 19018
Inscription : lun. oct. 25, 2004 6:51 pm
Localisation : Grenoble

Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Erwan G »

Image

JUDE L’OBSCUR
Thomas Hardy

Je ne connaissais pas Thomas Hardy avant d’avoir lu Une prière pour Owen de John Irving. Comme lors de la lecture du précédent roman, j’ai eu envie de découvrir les livres dont il parle avec passion et dont il fait des présentations certes rapides, mais pour autant efficaces.
Jude est orphelin. Ses parents, séparés, sont décédés et il est récupéré par l’une de ses tantes encore en vie, une boulangère d’une petite ville de la campagne anglaise. Lorsque l’instituteur du village part, Jude se décide à suivre sa trace, de travailler le latin et le grec pour pouvoir entrer dans l’un des collèges de Christminster, une ville dédiée à l’étude et à la foi. Malheureusement, la situation financière de la famille ne lui permet pas de suivre ses études à temps plein et, après avoir aidé sa tante à la boulangerie, il suit une formation de tailleur de pierre, pour pouvoir, au moins, travailler sur les églises et les bâtiments du collège. Et, la nuit, essentiellement, il se livre à ses études, lisant, apprenant le grec et le latin. Alors qu’il est tout juste jeune adulte, il rencontre une jeune fille qui, sans trop de difficulté, le convainc de l’épouser. Jude pense alors qu’il est peut-être temps d’abandonner son éducation. Mais son mariage est un naufrage. Son épouse décide de suivre ses parents en Australie, laissant Jude seul. Ce dernier se décide à laisser libre court à son rêve, en rejoignant Christminster une fois son apprentissage terminé. Là, alors même qu’il est mis en garde par sa tante, il cherche sa cousine Sue qu’il a trouvé très jolie sur une photo envoyée à la vieille dame. Il découvre qu’elle travaille dans un magasin où elle fabrique des œuvres de dévotion. Jude en tombe amoureux et la rencontre survient. Mais Sue est une femme anticonformiste, qui refuse les valeurs religieuses et le mode de fonctionnement de la société, persuadée qu’elle est que le mariage n’est rien d’autre que l’arrêt de mort de l’amour, car qui aime sans contrainte ne peut accepter l’obligation de le faire. Jude poursuit, alors, deux espoirs : celui de devenir docteur ou pasteur d’un côté, celui de pouvoir aimer et être aimé de Sue de l’autre.

Thomas Hardy est considéré comme le dernier auteur classique anglais. A la fin de l’époque victorienne, sa plume est assez libre pour interroger les valeurs de la société victorienne. J’ai été très surpris du contenu très moderne de l’histoire et des mésaventures de Jude et de Sue : on y trouve des femmes fortes, décidées, indépendantes qui vont chercher à maintenir cet état des choses, au moins jusqu’à ce que le malheur les frappe durement. Sue émancipe Jude de ses préjugés, de ses fantasmes et de ses croyances, qui sont celles de son époque.
Livre noir, pour autant non dénué d’humour comme le rappelait John Irving, Jude l’obscur m’a surpris par la différence entre l’écriture, très classique, et le contenu, très moderne, marquant fortement ce changement de mentalité du début du siècle dernier. Pour autant, ce livre a été très critiqué lors de sa sortie, puisqu’il a été jugé contraire à al morale, preuve, certainement, que Thomas Hardy était en avance sur son temps.

Un classique, donc, tant par son écriture que par la place qu’occupe, malgré tout, l’époque. Les critiques qui ont pu lui être faites sont contenues dans le livre pour les discuter. Mais un livre moderne pour la place qu’il attribue à la femme, en dépit et contre la société, pour les réflexions sur l’amour, le devoir et la vertu. Un livre que John Irving a bien fait de recommander et que je suis heureux d’avoir découvert.
Va prophétiser ailleurs, c'est interdit dans le centre ville !
Avatar de l’utilisateur
Erwan G
Envoyé de la Source
Messages : 19018
Inscription : lun. oct. 25, 2004 6:51 pm
Localisation : Grenoble

Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Erwan G »

Image

84K
Claire North

Je ne connais Claire North que par les retours extrêmement positifs sur ses livres qu’en font ses fidèles lecteurs. Depuis quelques temps déjà, je tente de me lancer dans la trilogie d’Ithaque. Mais, victimes de leur succès, les livres sont difficilement empruntables à la médiathèque. Alors, lorsque j’ai trouvé un livre que je ne connaissais pas d’elle, je me suis dit que je pourrais peut-être voir ce que tout le monde lui trouve.

Angleterre, quelque part dans un futur proche, les gens sont classés en fonction de leurs capacités financières. Ceux qui n’ont pas assez de crédit sont relégués dans la campagne abandonnée, sans moyens de subsistance ni moyen de s’en extraire. Ils sont destinés à devenir des salariés-esclaves de la Compagnie, une société qui domine tout et qui s’est même vu déléguer le recouvrement des impôts. Ceux qui ne respectent pas ses règles sont envoyés dans des sortes de camps de travail, dont ils ne sortent, en général, que morts. Théo Miller travaille au Bureau de l’audit des crimes, un endroit où l’on détermine le montant de l’amende due par le contrevenant en cas d’infraction, que ce soit un excès de vitesse ou un assassinat. Ceux qui en ont les moyens réussissent en général à payer leur dette et à continuer leur vie, les autres finissant dans les camps de travail, le temps de payer l’amende due à la société. Sauf qu’un jour, Théo est contacté par l’une de ses anciennes amies, qui vivaient avec lui quand il n’était pas encore Théo mais un simple fils d’un truand local. Et avec laquelle il a eu une relation sexuelle, dont serait née une enfant, enfant qui a été enlevée à sa mère et qui, aujourd’hui, est condamnée à écrire des avis positifs sur des sites de vente par correspondances pour payer l’amende qu’elle doit. Si elle s’en sort un jour. Alors, Théo Miller qui a passé sa vie à tenter d’être invisible, inodore et sans saveur, juste ce qu’il faut pour conserver son travail et une chambre dans une maison pour vivre, va tenter de sauver sa fille.

Alors, je veux bien que ce soit un « chef d’oeuvre de la dystopie, d’une crédibilité troublante, aussi poignant que brillant », mais à la condition que le point de comparaison soit, je ne sais pas, Hunger Games ou un truc du genre, parce que sinon, c’est quand même assez quelconque. Un plan digne d’un épisode de McGiver, des personnages sans buts ni véritable présence, une société crédible par certains aspects mais d’un caricatural digne des années 80 par d’autres, des mystères mystérieux sans queue ni tête, des choses jetées là mais qui, au final, n’apportent rien si ce n’est des questions qui, finalement, n’ont pas d’intérêt pour l’autrice.
Bref, sans être un accident industriel, c’est un livre assez moyen, qui se lit sans déplaisir ni plaisir et qui ne laissera pas grand souvenir, si ce n’est du style qui est assez insupportable. On se retrouve avec des tas de phrases commencées mais non finies ou bizarrement complétées à la ligne suivante, un peu comme du John Bruner qui se serait raté. Cela n’apporte rien au récit, si ce n’est une surcharge sans intérêt, comme à peu près tout le reste. Au final, il reste une simple idée, celle d’une société qui élimine les pauvres qui ne lui sert pas, après, si possible, les avoir exploités. Rien de bien neuf, donc. Rien de bien intéressant non plus.

Je vais donc attendre avant de savoir ce que je pense de Claire North. J’ai enfin pu réserver le premier tome de la trilogie d’Ithaque et son dernier livre (je crois), les Dieux lents. J’espère qu’il y aura plus à se mettre sous la dent dans ces deux livres.

Par ailleurs, si quelqu'un a un indice sur la signification du titre, je sui preneur.
Va prophétiser ailleurs, c'est interdit dans le centre ville !
Avatar de l’utilisateur
Erwan G
Envoyé de la Source
Messages : 19018
Inscription : lun. oct. 25, 2004 6:51 pm
Localisation : Grenoble

Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Erwan G »

Image

GATSBY LE MAGNIFIQUE
Francis Scott Fitzgerald

Encore un classique que je ne connaissais que de nom et pour savoir qu’Hollywood l’a adapté à plusieurs reprises. Là encore, John Irving m’a donné envie d’aller creuser dans des livres plus anciens, plus connus et, pourtant, pas nécessairement lu.

Nick Carraway est un jeune homme issu du Middle-West, venu à New-York pour devenir agent de change. Il trouve un logement à Long Island, dans la partie la moins riche de l’ile, à coté d’une grande et belle demeure dans laquelle se déroulent de nombreuses fêtes. En face habite sa cousine, Daisy, qui a épousé Thom Buchannan, une connaissance de promotion de Nick à Yale. Rapidement, Nick découvre que son voisin, Gatsby, a comme lui fait la guerre en Europe et, rapidement, il se prennent d’amitié, même si Gatsby semble se complaire dans une certaine image superficielle.

Roman court, nerveux, rapide mais agréable à lire, il s’agit là d’un roman classique du début du XXème siècle, dont la réputation n’est pas usurpée. Il commence comme un roman du XIXème, avec une présentation du narrateur, mais assez rapidement, il montre cette image que l’on conserve des années 1920, années folles dans un monde à jamais changée par la Grande guerre. Si les normes morales sont plus souples que dans l’Angleterre de Thomas Hardy, elles restent néanmoins extrêmement fortes et amènent avec encore plus de violence, des conséquences pour leurs spectateurs.

Surtout, on se sort du sempiternel jugement moral. L’auteur pose ses personnages comme ils sont, avec leurs coins d’ombres et de lumières, leurs fiertés et leur orgueil. Loin de les juger, on voit comment, petit à petit, se construit une relation d’amitié avec les personnages. Aucun n’est parfait, aucun n’est purement détestable et tout ce qu’ils font, tous autant qu’ils sont, dans leurs actes ou dans leur refus d’agir, est compréhensible mais pas jugé. On arrive donc, avec ce roman, dans le roman moderne, avec une vision moins caricaturale, plus ouverte et de l’histoire et des personnages. Car, au final, il n’y a pas vraiment d’histoire dans ce roman, si ce n’est éventuellement celle qui se construit, petit à petit, autour de la question « mais qui est réellement Gatsby ? ».

J’ai donc trouvé ce livre très agréable et très recommandable, notamment pour ceux qui voudraient avoir une vision de ce que pouvaient être les années 20 dans un milieu privilégié du coté de l’est des Etats-Unis ou ceux qui aiment les livres dramatiques mais, pour autant, sans jugement ni mystère. Tout découle parfaitement de ce qui a été fait et des choix des personnages, sans aucune volonté de faire le bien ou le mal. Juste d’essayer de se comprendre et d’être ce que l’on pense être.

Un classique, donc, aussi marquant que le disait John Irving. Un livre à coté duquel je suis passé pendant trop longtemps, sans bonne raison. Je suis content d’y avoir mis un terme, même si la collection dans laquelle je l’ai lu ne m’a pas paru la meilleure possible. La volonté d’illustrer ce roman, passé la page de garde, m’est assez incompréhensible, même si les illustrations ont cherché à rendre le style de l’époque tel qu’on le perçoit aujourd’hui.
Va prophétiser ailleurs, c'est interdit dans le centre ville !
Répondre