Épisode 86 Les pique-lits blinders
Ettore a une équipe plus que réduite et encore la moitié des livraisons de Pidocchi à faire. Il prend une trentaine de florins dans la caisse commune et fait un détour chez les Carpone. Scimmia part en éclaireur vers l’Hirondelle après avoir demandé la direction. Sur le trajet, un jeune Carpone aperçoit le groupe et s’approche.
c/ Tu cherches quelque chose Ettore ?
E/ Oui, des Carpone. J’allais voir Argante et Natale, j’ai un boulot à proposer.
c/ Et t’embauches où ?
E/ Ici, maintenant.
c/ Et c’est payé combien ?
E/ Ça dépend de combien seront partant.
c/ C’est payé en groupe ?
E/ Oui, je vais pas faire la monnaie Pour ça que je demande après Argante.
c/ Je vais les prévenir, on se rejoint où ?
E/ L’hirondelle.
Arrivé sur place, il attend. Argante, Natale et quatre autres Carpone se pointent.
AC/ Bonsoir Ettore.
E/ Bonsoir Argante.
E/ La déesse vous bénisse. J’ai besoin d’une escorte pour des transferts. Vous avez vu que Pido s’est fait larder et il était sur un boulot que je dois finir.
NC/ On a vu en effet, j’étais sur place.
AC/ C’est pour quand ?
E/ De nuit, cette nuit. La moitié de la part de Pido, vingt florins, juste ce soir m’escorter le temps de finir ce qu’il a pas fini dans la journée.
AC/ On s’organise comment ?
E/ J’ai des éclaireurs devant, derrière. Juste besoin qu’on soit plus pour dissuader les quatre de ce matin.
Argante consulte les autres Carpone du regard. Les cinq opinent du chef.
AC/ C’est bon pour nous. Faut qu’on aille s’équiper et ensuite on se retrouve, mais pas ici …
Y’a que Natale qui viendra te chercher pour pas que ça jase.
NC/ Sinon on se retrouve au Bœuf ?
E/ Là ou Sorizo faisait le garde au coin de la rue, ça gêne personne.
Tout le monde est là au point de rendez-vous plus ou moins à l’heure et il envoie sa patrouille devant et lance sa série de livraisons. Deux sans encombres avant d'aller vers un entrepôt sur le port d’un client des Ducatore dont la porte avant est fermée pour la nuit.
Pour plus de discrétion, Ettore décide d’aller sur l’arrière du bâtiment des fois que la marchandise à livrer y soit en attente. Tout le monde est sur ses gardes et ça permet de détecter une embuscade. Est-ce qu’on les attend ici aussi ou le piège est à l’intérieur ? A un détail prêt, le reflet d’une boucle d’oreille et la silhouette qui correspond, c’est le Lupo de Ducatore qui fait le planton et semble les espionner. Il a changé de camp ? Ça expliquerait l’embuscade chez le charpentier.
Ettore choisit d’envoyer Lurido poser la question à l’ombre qui dépasse de l’angle de la rue ce qu’il fout là de la part d’Ettore.
Réponse lointaine suffisamment sonore dans le silence des docks.
lupo/ Enfoiré.
l/ Ettore ?
Ce dernier fait signe en réponse à son nom et invite Lupo à venir le rejoindre.
l/ Vite, faut pas rester dans le coin, y’a contre ordre. Rapport à une diversion que sa seigneurie organise sur les quais au niveau des entrepôts de marchandises.
l/ Aux dernières nouvelles, tes tournées étaient toutes faites mais pas celles de Pidocchi.
E/ Il s’est fait percer chez le charpentier.
l/ Percer ! Percer ?
E/ Oui, on vous dit que c’est la merde. Y’en avait quatre chez le charpentier qui l’attendaient. Ils savaient que ça allait être livré et ils avaient pris en otages, la femme et les gamins.
Lupo, nerveux, coupe court aux explications et tend un papier.
l/ Voila les nouvelles consignes, y’a des lieux et des mots de code qu’ont changé vu l’heure.
E/ Faut vraiment tout caser cette nuit ?
l/ Pidocchi t’as pas affranchi ?
E/ Il a déjà du mal à respirer.
l/ Pido t’as pas affranchi.
C’est tout ou rien qu’on m’a dit d’vous répéter. Si c’est pas fait y’a pas d’argent.
l/ Si t’as pas d’autres questions, je te laisse.
E/ Si tu as d’autres changements, tu nous trouves selon votre plan.
Lupo lève sa lampe pour essayer d’identifier les personnes accompagnant Ettore mais ce dernier interrompt le geste.
E/ Tu comptes le nombre, tu regardes pas les têtes. Quatre petits, deux maigres, six porteurs, ça court pas les rues cette nuit.
l/ T’as pas l’air d’être au jus pour cet après-midi, ça s’est expliqué avec les Mastiggia dans Torrescella. Ça s’est fritté et le sang a coulé.
l/ Tu donneras le bonjour à Lupo.
E/ J’allais te dire la même chose mais on va pas lâcher trop de noms devant des inconnus.
Le plan de transfert a changé mais avec ses souriceaux plus une escorte Carpone, le groupe décourage les filous de base et évite les patrouilles. La première partie de la nuit permet d’évacuer la moitié des tâches.
Speranza renonce à se planquer dans le grenier des Stoccata pour attendre les heures les plus avancées de la nuit car elle sait qu’elle succomberait à sa narcolepsie.
Estimant une faible chance que Teobaldo boive son verre de vin et les ingrédients supplémentaires avec, elle décide d’endormir toute la maisonnée. Pour les laxatifs, possible qu’elle attende l’avis de Demestilla.
Soporiser tout ce monde là, c’est quelques gouttes à chacun en commençant par les plus proches de la chambre maritale. Commencer par le grand-père mais laisser les enfants hors de ça. Elle passe ensuite au rez-de chaussé pour endormir les serviteurs en prenant son temps. Le stress et le plaisir de ce jeu de distribution de gouttes de sommeil à une quinzaine de personnes la tiennent suffisamment éveillée.
Elle crochète à nouveau la chambre des parents et une fois Teobaldo drogué à son tour elle réveille Demestilla.
Speranza a réduit la lumière de sa lampe sourde pour juste lui laisser voir son visage. Demestilla se redresse vivement mais est contrainte par ses liens.
Son regard fait le tour de la pièce. Teobaldo ne réagissant pas, elle reste silencieuse, son regard affolé laisse place à une maîtrise calme.
S/ Normalement, il devrait pas se réveiller.
DS/ Vous l’avez tué ?
S/ Pas du tout. Non, vous voulez ?
DS/ Non.
DS/ Non, bien sûr que non.
S/ C’est lui qui vous a mis dans cet état ?
DS/ Oui.
S/ Vous envisagez la suite comment maintenant ?
DS/ Comment ça ? Quelle suite ?
S/ Vous voulez rester là ?
DS/ Parce que vous proposez quoi ?
S/ Fini la vie de princesse, je peux vous emmener avec ou sans vos enfants selon vos envies. Fini les belles robes, fini la vie de château.
DS/ C’est Ettore qui vous envoie ?
S/ Pas du tout et vaut mieux pas qu’il le sache sinon il viendrait crever son frère.
S/ Là c’est pas pour lui, c’est une décision pour vous.
DS/ Vous avez raison pour Ettore, il vaut mieux qu’il ne sache pas
DS/ Et vous m’emmèneriez ou ?
S/ Dans un endroit où votre mari viendra pas vous chercher. Et c’est très bien qu’Ettore soit pas au courant parce que c’est chez lui qu’ils vont aller vous chercher. J’imagine que c’est pour ça que vous avez pris une rouste. Il le croit toujours mort ?
DS/ Il y a des rumeurs venant des serviteurs qui l’auraient vu dans cette rue … J’ai acheté le silence de celui qui l’a reconnu mais je pense que mon beau-père sait qu’Ettore est à Ciudalia car il a changé d’attitude avec moi.
S/ C’est Teobaldo ou son père qui vous a frappé ?
DS/ Mon beau-père ignore cette situation.
S/ Il ignore ou il fait semblant ?
DS/ Dans cette société, personne ne se mêle des affaires entre mari et femme.
S/ Vous continuez comme ça ou vous tenez votre chance autrement ?
…
DS/ Je veux bien tenter.
S/ Y’a de fortes chances que vous revoyez jamais Ettore pour sa sécurité.
S/ Vu comment vous êtes attachée, vous allez être traquée.
DS/ Je ne connais rien en dehors de Ciudalia et je ne sais pas où vous comptez m’emmener.
S/ Pour le moment, vous êtes attachée, je vous offre un choix de quitter votre vie et vous en faire une nouvelle.
DS/ C'est-à-dire ?
S/ Vous en créer une nouvelle. Est-ce que vous êtes prête à ça ?
DS/ Je n’ai jamais réfléchi à cette question …
Je ne veux pas rester auprès de Teobaldo mais je ne peux pas emmener mes enfants vers une nouvelle vie sans savoir où et comment pour leur sécurité. Je ne peux emmener mes enfants sans leur avis …
S/ Là, les gens dorment. Vous avez du temps pour réfléchir, si vous emmenez vos enfants ou pas. Je vous dit pas que c’est facile.
DS/ Non, ce n’est pas facile.
S/ Après, vu la situation actuelle, au moindre écart il est capable de vous tuer.
DS/ Absolument, me tuer et tuer mon amant, tuer Ettore.
S/ Ettore sait se défendre, c’est un grand garçon.
DS/ Le risque est qu’Ettore tue son frère … Il ne l’a pas affronté il y a cinq ans, il a préféré s’effacer parce qu’à ce moment-là, c’était la seule solution pour lui.
S/ Savoir ce qu’Ettore pense, ça lui appartient. Juste pas envie qu’il se trouve dans cette situation de ce genre.
S/ Vous allez réfléchir à votre situation au lieu de blablater sur celle d’Ettore ? C’est de votre cas qu’on parle. Est-ce que vous voulez partir ? Est ce que vos enfants sont en danger avec leur père ?
DS/ Non, ils ne sont pas en danger à Ciudalia et même s’il y a des troubles, la famille Stoccata ne sera pas menacée, elle a jusqu’à présent réussi à rester neutre dans ces conflits politiques.
DS/ Si je m'enfuis avec mes enfants, cela incitera davantage Teobaldo à me poursuivre.
DS/ Je vous confirme que je vais partir, mais je vous en prie, j’ai besoin d’en savoir davantage pour décider si mes enfants m’accompagnent.
S/ J’ai pas pris les devants parce que j’ai eu une intuition et quand je vous ai vu dans cet état là, je me suis dit que si j’attendais deux jours je pouvais vous retrouver morte donc je vous emmène chez des voisins et alliés. Un clan de femmes qui se laissent pas marcher sur les pieds et après on pourra décider plus de ce que vous voulez faire de votre vie.
DS/ Ça me convient. Pouvez vous me détacher ?
S/ Prenez le minimum d’affaires.
Demestilla est certainement resté attachée longtemps. Son corps est ankylosée lors de ce réveil en pleine nuit, elle peine à se redresser et se lever.
Speranza en profite pour ajouter encore du somnifère et quelques gouttes de celui qui rend malade à Teobaldo. Elles doivent s’y prendre à deux pour trainer Teobaldo jusqu’au lit, là ou il avait laissé sa femme. Speranza l’attache puis enlève les frusques du dormeur et rajoute encore quelques gouttes du Compari que Pido utilise pour donner des chiasses d’enfer.
Demestilla récupère la partie pratique de sa garde robe. Elle récupère ses bijoux et l’escarcelle de Teobaldo.
S/ Y’a des pièces dans la maison ?
DS/ Cet argent est celui de mon beau-père. Teobaldo ne possède rien en son nom propre.
S/ On fera comme lui, on dira qu’on a rien vu.
DS/ Dans son bureau.
S/ En échange, vous laissez vos bijoux car ils peuvent vous trahir.
S/ Si vous voulez embrasser vos enfants c’est le moment.
En même temps que l’argent de Teobaldo, Demestilla a pris la clé de la porte de la chambre qu’elle fermera derrière elles. Elles passent par les chambres des enfants, un dernier au revoir silencieux, surtout ne pas les réveiller.
Les deux femmes partent par la cour arrière qui donne sur un escalier en direction du port. Speranza la guide furtivement en prenant quelquefois de l’avance pour s’assurer que la voie est libre, jusqu’à la maison des Morelli.
Cela a été très compliqué de dire au revoir à ses enfants et tout le long du chemin les larmes vont continuer de couler malgré la main que lui prend parfois Speranza. Souvenirs d’une époque ou elle-même a laissé les siens derrière elle.
Quelques heures avant le jour, Speranza lance quelques petits cailloux sur les volets du magasin.
NM/ Qu’est ce que c’est encore que ce bordel ?
Pauvre Nour, quelle nuit !
S/ C’est Speranza, j’ai besoin d’aide.
NM/ Tous les Compari vont venir ou quoi ?
S/ J’espère bien que non.
NM/ Je descends.
S/ Merci Nour.
Ça prend un peu de temps surtout du point de vue de celles qui attendent dans la ruelle.
Derrière Nour, Stella est debout aussi.
S/ Désolée de vous déranger à une heure aussi tardive mais j’ai une urgence.
Elle fait passer Demestilla devant elle.
S/ C’est pour elle pas pour moi.
Elle entre dans la lumière, découvrant le visage de Demestilla qui sous la capuche laisse apparaître quelques hématomes.
S/ La jeune femme était dans une situation dangereuse et je me demandai si vous accepteriez de lui venir en aide.
SM/ Mais bien sûr ma chérie on va s’occuper de vous deux.
S/ C’est juste elle, pas moi.
S/ Je l’ai trouvée attachée à son lit rouée de coups, je pouvais pas la laisser comme ça.
SM/ Suivez moi toutes les deux, Nour reste ici et surveille les bruits de la rue.
S/ On a été discrètes.
SM/ Bien sûr mais deux précautions valent mieux qu’une.
Stella les emmène dans son arrière-salle où elle reçoit habituellement.
S/ Y’a un problème ?
SM/ Tu es pressée ?
S/ Un peu, j’ai des trucs à faire.
SM/ Avant tout pouvez vous me donner plus d’informations sur votre situation ?
S/ Je pense que tu peux lui parler librement.
SM/ Encore heureux.
S/ C’est pas écrit sur votre front.
La matriarche Morelli sourit.
SM/ Pourtant tu amené cette jeune femme ici, c’est que tu as confiance.
Stella fait chauffer de l’eau et ajoute quelques plantes pour une décoction de son cru.
Demestilla raconte sans rentrer dans les détails en regardant Speranza au cas où elle voudrait ajouter autre chose. Un grave problème avec son mari, son infidélité, son nom mais sans détails excessifs.
Stella trottine dans la pièce en préparant sa boisson pendant le temps du récit.
L’hésitation vient au moment de mentionner que son amant est le frère de son mari et qu’elle craint trop de représailles pour aller le retrouver, sans compter qu’elle ne sait même pas s’il l’accepterait auprès de lui.
Speranza fait semblant de jouer du violon sur cette réplique.
DS/ La dernière fois que nous nous sommes vus, il m’a rejeté …
S/ C’est ça oui ..
Stella est passé derrière Demestillla et sourit en tirant la langue à Speranza. Un mot muet lisible sur les lèvres de Stella « salope » à destination de Speranza qui sera choquée.
Stella revient auprès de la table basse et sert une décoction à toutes les trois. Trois tasses que chacune va boire à son rythme. Stella parle de sa famille à Demestilla.
SM/ Nous sommes les Morelli, nous estimons que la femme a le droit de choisir son conjoint.
Speranza vous a amené pour qu’on vous protège. Pour vos enfants nous verrons bien par la suite et nous verrons bien pour votre amant dont le prénom est ... Ettore ?
Pas un sourcil ne bronche sur le visage de Speranza.
Ne lisant pas de réponse sur le visage de Speranza, Stella se tourne vers Demestilla qui confirme que c’est bien celui connu sous le nom des Compari.
SM/ Nour, guide notre invitée vers sa chambre en haut.
SM/ Bois ta tisane Speranza.
S/ C’est gentil mais j’aime pas.
SM/ Ce n’est pas très aimable, une invitée qui refuse une boisson offerte.
S/ Faut pas offrir des trucs dégueulasses.
SM/ T’as pas goûté.
SM/ Bonne nuit Demestilla. Nour, accompagne-la à l’étage.
DS/ Encore merci Speranza pour tout ce que vous avez fait. Je croyais que vous étiez contre moi et je me suis lourdement trompée.
S/ Je suis contre personne mais j’aime pas les conneries.
DS/ Bonne nuit mesdames
S/ Le plus dur reste à faire, c’est pas facile une nouvelle vie.
SM/ N’écoutez pas Speranza, laissez vous guider par l’amour. Vous êtes notre invitée, n’ayez crainte.
Les deux jeunes femmes montent l’escalier.
Stella se retourne vers Speranza avec un air subitement fâché.
SM/ Mais quand quelqu'un se noie, tu lui mets la tête sous l’eau ?
S/ Pourquoi ?
SM/ Tu manques d’empathie à ce point ?
S/ Qu’est ce que j’ai fait ?
SM/ Tu ne dis pas à quelqu’un qui quitte ses enfants, que ça sera sombre enfin !
S/ L’avenir c’est de la merde, autant qu’elle le sache.
SM/ Bois ta tisane.
SM/ Tu sais que Lupo est venu ici ?
S/ Non, pourquoi ? Il avait quelqu’un à sauter dans le coin ?
SM/ Il était inquiet pour toi. Il m’a dit que tu avais vécu quelque chose d’étrange dans tes rêves.
S/ Tout va bien, c’est bon.
SM/ En es-tu sûre ? Qu’est ce qui te permet de dire ça ?
S/ C’est pas tout ça, j’ai des trucs à faire
Elle se lève.
SM/ Speranza, ne m’oblige pas à prendre des mesures.
S/ Quelles mesures ?
SM/ Voir si tu es en danger par rapport à tes expériences dans tes rêves.
S/ J’ai pas vécu d’expérience.
S/ Il parle, il parle mais il invente.
SM/ Est-ce que tu m’autorise à ...
S/ Non.
SM/ Tu as confiance en moi pour d’amnener une femme battue mais pas pour toi alors que je suis soigneuse ?
S/ Là, faut d’abord que je prévienne Ettore même si j’ai dit le contraire à Demestilla.
SM/ Mais je dois d’abord vérifier que tu vas bien, je ne ferai rien contre ton gré.
S/ Ben alors me forcez pas à faire un truc que j’ai pas envie de faire, sinon c’est contre mon gré.
La première étape c’est de boire la tisane, surtout si en plus vous avez mis un truc dedans.
SM/ C’est pour savoir si tu es encore sous l’effet d’une magie.
Sortant de derrière un rideau, comme à son habitude Lupo la rattrape par le poignet alors qu’elle tentait de partir.
Profitant de la surprise, il évite au moins un coup réflexe mais elle arrive à se dégager, impossible d’attraper cette anguille.
Stella reste assise et observe pendant que les deux Compari se courent après dans la maison Morelli. Speranza constate que Nour a accumulé tout un bazar devant la porte d’entrée, elle feinte, esquive, volte et file en direction des étages.
Juste avant qu’elle ne se rétablisse sur une poutre pour essayer de se frayer un chemin dans le toit, Lupo arrive de justesse à attraper ce chat de gouttière. Coup de griffe sous les regards abasourdis de Nour et Demestilla qui mettaient en place un couchage. Speranza est accrochée à une solive mais il a empêché son balancier vers les tuiles qu’elle comptait traverser.
Lupo se tient la main, grimaçant de la douleur d’une morsure plus profonde qu’escompté.
L/ Nour, balance lui un truc, elle est ensorcelée !
Un jet de chaussure inattendu la déséquilibre.
S/ Aie. Mais tu vois pas qu’il dit n’importe quoi ?
Demestilla ne sait pas quoi faire mais avec l’aide ne Nour, Lupo finit par capturer le fauve, qui crache, peste, griffe, mort, hurle.
Dans un voile de colère, elle sent juste Stella lui poser deux doigts sur le front.
SM/ Dors ma belle.
Aussitôt dit, aussitôt endormie.
Pidocchi est réveillé par un fumet de poisson. De la lumière, une lampe sourde inconnue sur la table de chevet et assise sur le tabouret, Ermina. Ca cause en Jars.
Er/ T’es réveillé gros rat ?
Elle repose le bol froid. Jouant avec un stylet dans sa main gauche. L’avantage est indéniable et toutes armes hors de portée de la moindre envie de Pidocchi.
Er/ Pas un bruit.
P/ Un vrai moulin ici, tout le monde rentre.
Er/ D’un autre côté, y’a pas grand monde chez toi. T’es pas l’amant d’Ettore mais c’est sa sensé être sa chambre, non ?
P/ Pour des raisons pratiques.
Elle pointe une blessure.
P/ Aie.
Er/ Comme ça on essaie de se suicider sur la première lame venue ?
P/ J’ai pas essayé de me faire suicider.
Er/ J’ai ouï dire que tu avais la bénédiction de don Ducatore donc c’est certainement un retour de pendule signé Mastiggia mais je suppose que tu sais déjà que le sang a coulé à Torrescella cet après midi entre les deux familles ?
P/ Torrescella ? Faut m’en dire plus.
Er/ Trois mort à deux seulement mais ça c’est bien cherché à se courir autour, à se provoquer.
Er/ Ça remue en période d’élection mais tu dois t’en douter.
P/ Les élections tombent toujours au mauvais moment.
Er/ Vu que t’es dans la main de Ducatore t’es au courant des conséquences ?
P/ Je bosse temporairement pour lui mais ça va se finir sous peu.
Er/ Il a plutôt tes couilles dans sa main.
P/ J’aime mieux qu’elles soient dans mes chausses.
Er/ Effectivement ça serait bien qu’elles y restent.
Elle glisse sa main armée sous les couvertures.
Er/ Tu te doutes bien que je viens pas par courtoisie ni de ma propre initiative.
Er/ Mon commanditaire m’a dit de passer un message, un message qui doit être compris sans nuance.
Er/ Je te conseille de pas trop bouger quand même.
La lame passe auprès de ses attributs
Er/ Je suis pas contente car don Rosso Dagarella est pas content et il est pas content parce que Le Cagou est pas content, parce qu’il s’est fait remonter les chausses par le Ducatore à propos d’une maison. Ça a énervé Le Cagou qui a énervé Dagarella qui est venu me secouer.
Ils pensaient que tout avait été clair.
P/ De quoi parle tu ?
Er/ Tu devais dire à Ducatore que tu renonçais à cette possession et il y a peu le podestat a rappelé cette demande. S’il répète, c’est que soit tu es revenu à la charge donc tu te fous de Dagarella, du Cagou et de moi vu que je suis là et que j’en ai pas envie, soit il t’a vraiment à la bonne.
…
Er/ Pas utile que je mette les points sur les I ?
Ça pique le I intime sans faire perler le sang, pourvu qu’elle n’insiste pas.
P/ Je pense que le Ducatore fait pression dans le but de m’offrir une carotte mais c’est une initiative de sa part.
Er/ Aussi Rosso me fait passer un message.
Er/ Est ce que tu souhaites toujours devenir gascatre ou est ce que tu y renonces pour être sous la protection du podestat ?
P/ Dans la situation actuelle, avoue que les choix semblent contraints.
Elle retire le stylet.
P/ Il est difficile d’ignorer la proposition du podestat ce soir.
P/ Nous avons décidé de cesser nos affaires avec le podestat à la fin des affaires en cours.
D’un air un peu las, elle repose la question.
Er/ C’est maison ou gascatre ?
P/ Gascatre. Gascatre.
Er/ Tu sais donc ce que tu dois faire auprès du podestat, cette maison c’est trente mille florins …
P/ C’est une somme.
Er/ C’est ce qu’elle vaut et c’est actuellement la propriété de la guilde qui veut pas s’asseoir sur trente mille florins.
P/ Sauf si je suis membre de la guilde et que j’occupe cette maison.
Elle ricane
Er/ Je suis gascatre et avant que je commissionne pour trente mille j’aurais passé l'âge d’avoir des chiards.
Er/ C’est gascatre ou trente mille florins. C’est pas la crémière et son cul.
La main passe à nouveau sous les draps, mais sans stylet.
P/ Je prends la piste gascatre, nous avons décidé chez les Compari de ne pas continuer avec Ducatore à la fin des affaires en cours.
Elle ressort un autre stylet qui était glissé sous les draps. Décidément, c’est dangereux de dormir.
Er/ Je m’en fous de ce que tu fais ou pas avec le podestat et si tu restes ou pas commissionné, tant que tu assassines pas pour son compte dans le dos de la guilde. La seule question c’est trente mille ou gascatre.
Elle fait une moue
Er/ A la rigueur, si tu as trente mille à filer à la guilde, tu récupères ta cabane à chien mais sinon tu l’as pas et tu es gascatre.
Je te fais pas de bisous mais bonne convalescence quand même. Ça m’a fait plaisir de te voir.
P/ Presque autant qu’à moi.
Elle se lève
P/ Au fait, ce masque rouge est un gascatre ?
Er/ Non.
P/ Donc pas protégé par la guilde ?
Er/ Non. Tu sais pas qui c’est ?
P/ Pas son nom encore.
Er/ Je te le donne ?
P/ Gracieusement ?
Er/ Tu m’en devras une à titre personnel.
Il opine
Er/ C’est Suario Falci. Un homme dangereux.
Er/ Qui visiblement en a après toi.
P/ Je lui ai subtilisé l’objet de sa mission.
Er/ Il en veut à toute la famille Ducatore et tu bosses pour eux. Il est prêt à te « clouer à une porte »
…
Er/ Un message ou t’es toujours dans la réflexion mon gros rat ?
P/ Le message à passer est que je suis sur la piste du gascatre.
Er/ Donc notre cagou attend que le podestat lui confirme que cette réflexion n’a plus court.
P/ J’ai bien dit que c’était une initiative du podestat.
Elle hoche la tête, mi-exaspérée, mi riante.
Er/ Arrange-toi vite, ils n’ont pas le même humour que toi.
Er/ Finis ta tisane et couche-toi.
Elle reprend sa lanterne sourde, ses stylets et armée de son arbalète de poing elle repart guidée de sa faible lumière.
Er/ T’inquiète-pas pour le gros chien là-haut, il dort juste.
P/ Ne lui faites pas de mal, ça serait mal pris.
Intimant le silence, elle coupe sa lumière et entrouvre la porte. Quand au bout d’un certain temps, il allume une bougie, il constate qu’elle est partie et a même refermé la porte.
Sur le matin, un peu avant que le soleil se lève, Ettore a fini sa tournée. Il solde les Carpone de vingt cinq florins au lieu des vingts mentionnés. Plus une pour chacun des souriceaux et Sergio.
Les souriceaux tiquent devant les pièces.
C’est quoi ?
E/ Ton premier trésor.
Ils savent même pas comment utiliser une telle somme.
Argante Carpone attend que ses hommes s’éloignent pour parler à Ettore.
AC/ Tu rappelleras à Pidocchi qu’on avait causé d’autre chose et qu’il s’était engagé à donner quelque chose pour hier après-midi. C’est important pour les gars aussi.
E/ La bonne nuit. Merci pour cette collaboration.
NC (resté avec Argante)/ Ça m’a rappelé des souvenirs.
Ettore raccompagne les gamins et rentre au bœuf en passant par la cour. Occhi Belli est sur le chemin et elle s’interpose.
ob/ Y’a eu un problème chez les putes.
E/ Annonce.
ob/ Y’a des gars qu’ont chopé votre nouveau, Jobelin.
E/ Emmène moi.
Sur place, de la lumière mais pas de mouvements. Il appelle et Azzura ouvre le volet avant de lui dire que Jobelin s’est fait ramasser par des types.
E/ Il est où ?
A/ Je descends pour t’ouvrir.
C’est finalement Gina qui ouvre, elle présente des traces de coups.
Une fois Ettore monté, elles expliquent ce qui s’est passé de façon confuse en se coupant la parole, qu’un beau monsieur est venu pour Azzura. Il l’a frappée la attachée, pour la questionner sur Gentile qui avait disparu.
Azzura/ Il a dit qu’il avait disparu soit alors qu’il était avec moi soit alors qu’il était dans le coin. Et comme je savais pas qu’il avait disparu, il a balancé une corde par la fenêtre. Y’avait du monde en dessous. Deux sont montés puis ils ont été à plusieurs pour choper Jobelin alors qu’il ouvrait la porte.
Gina a juste pris des baffes en voulant aider Jobelin. Son client à elle a pas bougé.
Az/ Il m’a dit « Si vous voulez voir votre type vivant, faut nous redonner Gentile vivant. »
E/ D’accord. Ils ont pas donné de noms ?
Az/ Il a enlevé son masque et je l’ai reconnu. C’est Azzio, un ami de Gentile. Je l’avais déjà vu sans masque quand ils étaient venus chez Zani.
E/ Ils ont pensé qu’on avait Gentile et sont venu mettre le bazar chez nous. Ben ça attendra demain matin.
Et merde, sa piaule est encombrée d’un Pidocchi saignant. Journée épuisante, nuit épuisante et en plus même pas de quoi pioncer tranquille. Du coup, plutôt que les chaises de l’étage, il reste dormir chez les filles. Au moins pas tout seul. Pour éviter les questions sur Gentile, il choisit Gina. Quel dommage d’être si fatigué, sur le moment.