
Scandaleusement frustré de séries Star Trek par leur disparition de Netflix, et plutôt que de souscrire un énième abonnement à une plateforme de vidéo à la demande, j'ai entamé ma quête de DVD (oui, je n'ai toujours pas accroché aux Blu-Ray, plutôt racheter des vinyles !). Et j'ai trouvé la saison 1 de Strange New Worlds.
Strange New Worlds, c'est donc une préquelle à la série d'origine qui se passe quelque chose comme 7 ans avant : on est au XXIIIe siècle, l'Enterprise est déjà en service, mais c'est le capitaine Pike qui est aux commandes. Visiblement, il est même déjà apparu dans Discovery et il lui est arrivé des trucs, mais ce n'est pas essentiel pour comprendre le machin et ça tombe bien puisque je n'ai pas vu Discovery. L'idée centrale est : des aventures de l'Enterprise dans le même état d'esprit que la série d'origine, donc une ambiance d'exploration constructive et optimiste. Mais avec des effets spéciaux qui envoient du pâté de targ et une narration moderne. Et aussi nettement moins d'épisodes, puisque la saison 1 n'en compte que 10 (mais de 50 minutes).
Le premier épisode de la saison 1 est aussi éponyme de la série : Strange New Worlds (d'étranges nouveaux mondes). Il s'agit en grande partie d'une mise en place, qui voit Pike, tel Cincinnatus, rechigner à revenir aux commandes de l'Enterprise. Il faut dire qu'il est aux prises avec toutes sortes de choses compliquées. La principale est aussi une excellente idée : Pike a vu l'avenir, et plus précisément il a eu un aperçu du triste sort qui va lui tomber dessus dans la série d'origine. Il doit donc vivre en sachant (ou en croyant savoir) les circonstances de sa mort, ce qui n'est, certes, guère aisé. La seconde est la disparition de sa commandante en second, Una Chin-Riley, au cours d'une mission passée. On découvre le reste de l'équipage de l'époque, composé de quelques célébrités de la série d'origine et de pas mal de gens différents. Du côté des reprises de la série d'origine : un jeune Spock tout juste fiancé à T'Pring, une jeune Uhura fraîchement émolue de l'Académie Starfleet et une infirmière Chapel jeune aussi mais déjà un peu plus expérimentée.
Du côté des nouvelles têtes par rapport à la série d'origine : la cheffe de la sécurité La'an Noonien-Singh qui a visiblement vécu un traumatisme quelque part, la pilote Erica Ortegas qui est un peu Han Solo mais version butch (et jeune), le docteur M’Benga (nettement plus aimable que McCoy), et le lieutenant Hemmer qui est parti pour être le grognon de service.
L'intrigue en elle-même reste somme toute assez basique, mais a le mérite de mettre tout ce petit monde en route et de montrer l'ambiance et l'éthique de la Fédération des planètes si jamais vous embarquez tout juste à bord de l'Enterprise.
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L'épisode 2, Les Enfants de la comète (Children of the Comet), voit l'Enterprise aux prises avec une grosse comète sur le point de s'écraser sur une planète de classe M dont les habitants n'ont aucun moyen de connaître ou de prévenir cette menace. Seulement, quelqu'un est décidé à ne pas les laisser intervenir. Cet épisode entame une série d'épisodes centrés sur le point de vue d'un des personnages, en l'occurrence Uhura, dont on assiste aux premiers moments marquants à bord. Le personnage et l'actrice sont très attachants et je trouve que cette jeune Uhura est plutôt réussie. J'aurais toutefois aimé un peu plus de mise en avant de ses compétrences proprement liées à son métier et pas juste une focalisation sur son histoire personnelle.
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Quelques belles idées dans l'intrigue m'ont un peu rappelé certains épisodes de Doctor Who très space opera ou encore le film Rencontres du troisième type:
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Les ficelles de l'ensemble sont du Star Trek classique mais de bonne tenue, avec des arcs narratifs en plus.
Dans l'épisode 3, Les Fantômes d'Illyria (Ghosts of Illyria), l'Enterprise arrive dans une colonie d'Illyriens, un peuple tenu à l'écart de la Fédération des Planètes, qui interdit les modifications génétiques depuis les Guerres eugéniques, alors que les Illyriens y ont constamment recours. Manque de chance, la base semble déserte et une tempête ionique est en approche rapide, ce qui oblige l'Enterprise à remballer rapidement. Comme il se doit, les choses se compliquent. L'épisode développe davantage Pike et Spock, mais donne surtout davantage de consistance à la commandante en second, Una Chin-Riley, alias "Numéro Un". Son arc arratif est plutôt réussi, mais l'épisode case un peu au chausse-pied un autre arc au sujet de M'Benga, qui est très bien en lui-même, mais souffre un peu d'être fourré là juste à côté d'un arc déjà très émouvant qui lui fait de l'ombre (je trouve).
Épisode 4 : Memento Mori ("Souviens-toi de mourir"). Cette fois, c'est l'arc de la cheffe de la sécurité La'an Noonien-Singh qui est largement développé ici via une rencontre avec un ennemi insidieux. Le moins qu'on puisse dire est que tout le monde en bave sévèrement, vaisseau compris. L'épisode est particulièrement dense, riche en suspense et approfondi en termes de caractérisation, au point que je me demande comment tout ça arrive à tenir dans le même nombre de minutes que les trois autres : bref, il m'a paru excellent. J'ai apprécié aussi le fait que chacun joue un rôle notable dans l'intrigue (avec notamment Ortegas et Uhura) et que Pike ne prend pas trop de place, ce qui change agréablement des épisodes précédents (et de l'omniprésent Kirk dans la série d'origine).
Épisode 5 : Spock hors de contrôle (Spock Amok). Nettement plus contrôlé que ce que le titre peut laisser craindre (ce n'est pas un épisode du type "l'équipage en folie"), l'épisode approfondit Spock et T'Pring via un trope classique mais amusant à voir appliqué à ces personnages. Le reste de l'intrigue est résolument plus secondaire et tout aussi léger dans l'ambiance, puisque le reste de l'équipage est en permission, et permet de faire progresser les relations entre plusieurs membres d'équipage, dont le duo Una Chin-Riley et La'an Noonien-Singh. Chapel y joue également un rôle, là encore en posant les bases de ce que devient la dynamique de l'équipage dans la série d'origine. On voit une scène sur Vulcain qui fait fortement écho à une scène de la série d'origine, et c'est réjouissant de revoir le même genre de décor et d'accessoire avec les moyens actuels : l'immersion s'en trouve logiquement facilitée !
À mi-saison, c'est une série plutôt solide ! Les images sont somptueuses, impression sûrement renforcée par le fait que je sors de regarder Enterprise qui datait du début des années 2000, alors forcément... Le générique est le plus beau que j'aie vu jusqu'à présent dans une série Star Trek. La bande originale est (à mon avis) magnifique : à vrai dire, je l'ai écoutée avant de regarder la série et c'est elle qui m'a donné envie de la regarder. L'équipage est très attachant et bien développé, et, contre toute attente, je trouve que le jeune Spock s'en sort assez bien, alors que le rôle doit être écrasant. Mes chouchous sont pour l'instant Uhura et Ortegas.
Un défaut ? Allez : le rythme. On a l'impression que tout est plien comme un œuf (ou comme une boîte de thon en conserve, selon vos goûts). Ça manque de temps et de respiration. Même certains dialogues ont limite l'air d'être dits en accéléré. Certes, j'ai beaucoup regardé la série d'origine qui donne l'impression inverse, mais quand même.
J'ai assez hâte de regarder la suite... et je n'aurais vraiment rien contre jouer cet équipage à Star Trek Adventures !