
JUDE L’OBSCUR
Thomas Hardy
Je ne connaissais pas Thomas Hardy avant d’avoir lu Une prière pour Owen de John Irving. Comme lors de la lecture du précédent roman, j’ai eu envie de découvrir les livres dont il parle avec passion et dont il fait des présentations certes rapides, mais pour autant efficaces.
Jude est orphelin. Ses parents, séparés, sont décédés et il est récupéré par l’une de ses tantes encore en vie, une boulangère d’une petite ville de la campagne anglaise. Lorsque l’instituteur du village part, Jude se décide à suivre sa trace, de travailler le latin et le grec pour pouvoir entrer dans l’un des collèges de Christminster, une ville dédiée à l’étude et à la foi. Malheureusement, la situation financière de la famille ne lui permet pas de suivre ses études à temps plein et, après avoir aidé sa tante à la boulangerie, il suit une formation de tailleur de pierre, pour pouvoir, au moins, travailler sur les églises et les bâtiments du collège. Et, la nuit, essentiellement, il se livre à ses études, lisant, apprenant le grec et le latin. Alors qu’il est tout juste jeune adulte, il rencontre une jeune fille qui, sans trop de difficulté, le convainc de l’épouser. Jude pense alors qu’il est peut-être temps d’abandonner son éducation. Mais son mariage est un naufrage. Son épouse décide de suivre ses parents en Australie, laissant Jude seul. Ce dernier se décide à laisser libre court à son rêve, en rejoignant Christminster une fois son apprentissage terminé. Là, alors même qu’il est mis en garde par sa tante, il cherche sa cousine Sue qu’il a trouvé très jolie sur une photo envoyée à la vieille dame. Il découvre qu’elle travaille dans un magasin où elle fabrique des œuvres de dévotion. Jude en tombe amoureux et la rencontre survient. Mais Sue est une femme anticonformiste, qui refuse les valeurs religieuses et le mode de fonctionnement de la société, persuadée qu’elle est que le mariage n’est rien d’autre que l’arrêt de mort de l’amour, car qui aime sans contrainte ne peut accepter l’obligation de le faire. Jude poursuit, alors, deux espoirs : celui de devenir docteur ou pasteur d’un côté, celui de pouvoir aimer et être aimé de Sue de l’autre.
Thomas Hardy est considéré comme le dernier auteur classique anglais. A la fin de l’époque victorienne, sa plume est assez libre pour interroger les valeurs de la société victorienne. J’ai été très surpris du contenu très moderne de l’histoire et des mésaventures de Jude et de Sue : on y trouve des femmes fortes, décidées, indépendantes qui vont chercher à maintenir cet état des choses, au moins jusqu’à ce que le malheur les frappe durement. Sue émancipe Jude de ses préjugés, de ses fantasmes et de ses croyances, qui sont celles de son époque.
Livre noir, pour autant non dénué d’humour comme le rappelait John Irving, Jude l’obscur m’a surpris par la différence entre l’écriture, très classique, et le contenu, très moderne, marquant fortement ce changement de mentalité du début du siècle dernier. Pour autant, ce livre a été très critiqué lors de sa sortie, puisqu’il a été jugé contraire à al morale, preuve, certainement, que Thomas Hardy était en avance sur son temps.
Un classique, donc, tant par son écriture que par la place qu’occupe, malgré tout, l’époque. Les critiques qui ont pu lui être faites sont contenues dans le livre pour les discuter. Mais un livre moderne pour la place qu’il attribue à la femme, en dépit et contre la société, pour les réflexions sur l’amour, le devoir et la vertu. Un livre que John Irving a bien fait de recommander et que je suis heureux d’avoir découvert.

