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Avant hier soir, j'ai fini ma (re)lecture de The Player of Games (aka L'Homme des Jeux) de Iain M. Banks, et je pense l'avoir encore plus apprécié qu'à ma première lecture. Je me rends compte de pas mal de choses que je n'avais pas perçues il y a 15 ans.
Le pitch, bien qu'un peu échevelé, me parle, tout d'abord. Un homme de la Culture, champion toutes catégories de jeux de stratégie, est recruté par les services secrets de la culture pour aller dans un système rival dont la structure politique (l'Empire) est régie par un immense jeu de stratégie qui est sensé trier le bon grain de l'ivraie et sur la base duquel sont alloués les fonctions gouvernementales, jusqu'à la fonction suprème: l'empereur.
L'Empire, méprisant les valeurs humanistes de la Culture, accepte que notre joueur émérite, Gurgeh, participe au tournoi pluriannuel, convaincue dans son arrogance qu'un étranger ne peut pas y réussir. On se doute rapidement qu'il n'en sera rien.
Plus Jernau progresse dans le tournoi, et plus il perçoit les liens symboliques entre la société rivale et le jeu lui-même, et plus il devient évident que sa réussite ou son échec auront des conséquences géo-politiques majeures.
Un des aspects vraiment intéressants que je n'avais pas perçu lors de ma première lecture, c'est qu'il me semble que de manière assez détournée, Banks décrit en l'Empire notre société moderne capitaliste, régie par l'argent, internalisant la cruauté comme moteur à la fois économique et moral. L'Empire est certes un peu plus cru, un peu plus excessif, mais enfin, on est pas très loin. Et la Culture, quant à elle, correspond à une version idéalisée de ce que nos élites (au moins démocratiques) prétendent vouloir: une société du bonheur, où les besoins de chacun sont couverts, où chacun peut-être ce qu'il veut être.
Du coup, le regard de Gurgeh sur l'Empire, c'est un peu comme si nous, le lecteur, voyions notre propre société comme l'ennemi, le système à abattre. Et si ce postulat (en supposant que je n'ai pas halluciné le truc) peut ne pas être surprenant en 2026, il était largement moins répandu en 1988.
Bref, j'ai vraiment adoré le bouquin et je ne me suis pas emmerdé une seconde, j'ai même fini à trois heures du matin le dernier tiers tellement j'étais à fond. Contrairement à @Cédric Ferrand qui en a dit pis que pendre dans sa chronique hu-mu de 2011. Comme quoi, soit lui soit moi avons des goûts de merde, à vous de choisir ;-)
