Déprime-poules : œuf bio = CO2?
Pour être plus explicite:
L’étude britannique, publiée le 29 juillet dans
Royal Society Open Science, a comparé plusieurs modes d’élevage de poules pondeuses au Royaume-Uni afin d’évaluer leurs émissions de gaz à effet de serre. Les calculs sont sans appel : un basculement vers une production entièrement plein air et biologique entraînerait des émissions atteignant 2,316 millions de tonnes de CO2 équivalent, contre 1,184 million de tonnes pour un système en cage aménagée. Selon ces chiffres, un œuf bio est à l’origine de deux fois plus de gaz à effet de serre lors de son cycle de production.
Cet écart s’expliquerait avant tout par la mortalité : 8% en bio contre 2,5% en cage aménagée, à cause de plusieurs facteurs, comme l’exposition aux pathogènes et aux prédateurs. Les auteurs convertissent cette mortalité en
« perte de potentiel de production d’œufs ». Si toute la production nationale du Royaume-Uni passait à de l’élevage bio en plein air, il faudrait ainsi 1 million de poules supplémentaires par rapport à des poules élevées dans des cages aménagées pour une même production d’œufs. Il faut donc plus de poules bio pour une production équivalente et le bilan carbone grimpe automatiquement.
La différence de productivité s’explique aussi par la nature des poules.
« Les poules des élevages conventionnels ont été choisies pour grossir vite et produire beaucoup d’œufs », rappelle Muriel Vayssier-Taussat, directrice du programme national (PEPR) Élevages Durables à l’INRAE. Les poules élevées en bio, moins productives, doivent en revanche manger davantage pour produire chaque œuf : l’étude parle d’un
« apport alimentaire plus élevé par unité de produit ». L’empreinte carbone continue de s’alourdir. Enfin, en mangeant plus, les poules produisent davantage de déjections, dont la transformation en fumier émet du méthane.
Cot cot beuh? MAIS…:
À première vue, les œufs bio seraient donc plus néfastes pour l’environnement. Mais s’arrêter, à cette première lecture serait réducteur. L’étude s’appuie sur des données de 2009 - 2010, qui s’avèrent, en partie, dépassées avec l’évolution des techniques d’élevage.
« Dans les années 2000, le taux de mortalité élevé en bio était dû à plusieurs facteurs : les lignées utilisées n’étaient pas très résistantes en extérieur aux pathogènes et aux intempéries et les poules étaient souvent attaquées par des prédateurs » observe Muriel Vayssier-Taussat.
« Depuis, il y a eu de gros progrès en choisissant d’élever des lignées spécifiques et en améliorant l’hébergement et la protection. En France, les données de 2020 montrent que cette différence de mortalité n’est plus significative. » Le périmètre de l’impact environnemental de l’étude est également pointé du doigt.
« Il aurait été intéressant de comparer l’impact sur la biodiversité, notamment par rapport à l’origine des aliments consommés par les poules », regrette Anne Collin, directrice de recherche à l’INRAE au sein de l’unité Biologie des Oiseaux et Aviculture (BOA).
« Il y a beaucoup d’importations de soja qui viennent d’Amérique du Sud, et leur impact (sur le bilan carbone, NDLR) peut être très important selon le modèle d’élevage ».
Surtout, cette étude, en opposant bien-être animal (via le plein air biologique) et environnement, ne prend pas en compte tous les paramètres qu’un élevage durable devrait respecter.
« Tout l’objectif des éleveurs et des chercheurs, c’est de trouver les meilleurs compromis pour avoir des élevages qui soient à la fois bénéfiques pour l’environnement, le bien-être animal, et viable économiquement pour les agriculteurs et le consommateur », indique Muriel Vayssier-Taussat.
« La grande différence avec les systèmes d’autres pays, comme les États-Unis, qui ne visent que la productivité, c’est qu’en France, la stratégie consiste à placer le bien-être animal au cœur de la multi-performance des élevages. Pour nous, ce n’est pas une option. »
https://www.lefigaro.fr/sciences/la-pro ... e-20260806