Bon, j'attaque quand même... Je vous préviens, c'est à moitié de l'empirique et à moitié des discussions avec d'autres et à moitié le bouquin de DUC,
l'art de la BD, incontournable.
La composition d'une image, telle qu'on la comprend aujourd'hui, est héritière de la fin du XXéme siècle, quand les artistes européens découvrirent l'art japonais - les impressionistes en premier (et si je dis trop de conneries, les mecs qui ont fait histoire de l'art ont le droit de corriger).
Bref, avant, les images étaient assez statiques. On remplissait l'espace autant que possible, on mettait des symétries en place. La seule dynamique résidait dans quelques lignes de force qui guidaient l'oeil.
Avec l'apport des japonais, on a ajouté l'espace et la gestion du vide à ces lignes de force.
C'est avec ces éléments (et quelques autres) qu'il faut jouer.
1/ le cadrage
Cadrer son image, c'est décider du message qu'on lui fait passer. Le cadrage, comme au cinéma, va du plan d'ensemble et plan large au gros plan. Plus vous êtes loin de la scène, plus vous embrassez l'espace, plus vous êtes dans l'information. Vous donnez des informations sur le monde, sur l'environnement, sur la situation, sur les personnes en présence. Les décors ont alors beaucoup d'importance.
Si vous vous rapprochez (plan américain, plan moyen), vous entrez dans l'action. Vous vous intéressez aux personnages. Vous décrivez ce qu'ils font. Il faut donc que quelque chose se passe dans l'image. (C'est en cela que les personnages qui posent m'emmerdent même si c'est facile à dessiner). L'image ici ne devient intéressante que si elle raconte une histoire. Plus large, l'image n'a pas besoin de raconter d'histoire, elle donne juste une impression d'ensemble, des infos.
Si vous vous rapprochez encore (gros plan, insert), vous entrez dans la tête des personnages. Vous essayez de transcrire des émotions. Donnez alors des mimiques à vos personnages. Faites comprendre ce qu'ils ont en tête.
2/ Le partage du cadre
Une image, c'est d'abord un cadre. Horizontal, vertical, carré. C'est lui qui définira l'image au final. Choisissez bien le cadre en fonction de ce que vous voulez raconter : un espace panoramique donne de la place pour de l'information ; un espace très vertical suggère un vertige ; des espaces moyens (rapport 4/3) sont bien pour de l'action...
Partagez ce cadre en neuf parties (des lignes verticales aux tiers des images) et tracez aussi les diagonales. ça vous aidera, dans un premier temps, à composer votre image.
Règle un : ne posez rien au centre. Surtout pas le personnage principal. Sinon l'image devient plate et pas dynamique. (c'est l'exemple de l'écran de Brain : si on avait placé la caméra non pas de face mais sur le côté (3/4 face), il y aurait pu y avoir de la dynamique en plus avec un bel arc de cercle des personnage, certains au premier plan plus gros, d'autres plus loin... et l'écran sur la table détaché despersonnages et donc mis en valeur avec les infos qu'il y a dessus).
En règle générale, essayez de concentrer l'image sur un des tiers (vertical ou horizontal) et laissez les autres plus vide. Vous gagnerez en lisibilité et en dynamique. Pensez au sens de lecture : l'oeil va de gauche à droite. Si un personnage court et avance, faites le aller vers la droite, dans son mouvement général. S'il résiste ou s'il va à l'encontre du lecteur, orientez-le de l'autre côté, vers la gauche.
Autre principe, placez les éléments importants sur les diagonales. L'oeil suit naturellement les diagonales de l'image pour la lecture rapide. Placez l'élément majeur dans un tiers, le reste ailleurs.
Pensez à ce que vous voulez que le lecteur voit en premier. Construisez l'image avec des lignes force qui mène à cet endroit : une ligne de table, un encadrement d'objet, des gens tournés dans le bon sens, etc..
Exemple 1 :
Sur cette image, occultez le titre. l'image réelle, c'est la moitié de la page. L'image est divisée en deux parties. La plus à droite met un personnage en évidence. Le visage, la main sont sur le fond sombre. Il avance. Derrière, l'autre moitié de l'image est occupée par la porte (en couleur) et les autres gamins. Seul le corps du môme est un peu tiré en arrière, il s'arrache à la lumière. C'est un élément de dynamisme. Remarquez que les têtes sont toutes dans la partie supérieure de l'image. Autre élément intéressant : les têtes des trois enfants du fond créent une ligne qui conduit au visage de l'enfant devant, une espèce de courbe dynamique dans les yeux et les postures.

Deuxième image (je les prends au hasard sur le site de hachette jeunesse) - La tête est dans le haut de l'image. Il y a une dynamique entre la robe et le bouquet de fleur, avec une ligne force diagonale, qu'accompagne les yeux. L'image est faussement symétrique justement pour créer cette dynamique.

troisième image qui est bien. Notamment parce que je n'ai pas parlé des plans : avant plan, deuxième plan, troisième plan, etc.. C'est la profondeur de l'image. réfléchissez bien à la manière d'agencer les choses. Là, c'est excellent parce que l'image, cadrée moyen, raconte une histoire : françoise qui espionne un mec qui trafique des trucs. La miss est dans le premier tiers, tournée à droite, dynamique, sa main vient effleurer le savant, guidant l'oeil (d'ailleurs son regard est aussi tourné vers là). Le deuxième tiers de l'image c'est le décors (information).
Bon, je pourrai continuer comme ça. Est-ce que vous avez déjà des questions ?
LG