Je n'ai lu qu'un San-Antonio quand j'étais ado et je n'ai pas compris l'intérêt du truc. Mais, ici, où je travaille, c'est le héros du coin. D'un autre coté, il faut dire, c'était soit Marc Cécillon, soit Frédéric Dard, alors, finalement, le choix doit être vite fait...
Cette année, j'ai vraiment du mal à lire. Je me rends compte que je papillonne et que j'ai du mal à avoir du suivi dans mes lectures. J'ai abandonné un livre, en ai commencé deux que j'ai mis de coté (Citadelle de Saint Exupéry et Trois explications du monde), et picore plus que je ne dévore un livre que je ne peux que conseiller à tous les rôlistes fans de fantasy, à savoir les Sagas légendaires islandaises, ou comment trouver assez rapidement les sources précieuses de papy Tolkien (et voir Christopher Tolkien cité comme référence pour autre chose que comme continuateur/compilateur de l'oeuvre de son père, c'est cool).
Mais, en attendant, j'ai fini péniblement mon sixième livre papier et mon quatrième livre audio depuis le début de l'année.
Voici le livre :
A COUTAUX TIRES
Nikolai Leskov
J’ai entendu parler de ce livre sur Radio France, sans savoir si c’est sur France Inter ou France Culture. Je serais tenté de croire que c’est sur la seconde, puisque l’on ne parlait pas d’un livre à la mode, mais d’un livre russe du XIXème siècle. Une fois passée la couverture qui démontre que l’on peut parfaitement être graphiste et aveugle, et lues les 1.000 pages (roman russe oblige), on a la joie de tomber sur un livre à la fois classique et avant-gardiste sur pas mal de points, quand on se souvient qu’il a été écrit en 1870.
Joseph et Larissa sont des nobliaux de provinces, dont les parents se sont vus contraints de louer leur demeure à des nobles plus fortunés, après avoir construit une maison plus petite dans leur domaine. La famille voisine est celle d’Alexandra, une belle jeune fille qui semblait promise à Joseph, jusqu’à ce que ce dernier change, au cours de ses études. Après avoir épousé un vieux militaire, Alexandra est restée vivre proche de son amie et de la famille de cette dernière, une tante et son époux, major iconoclaste ami d’un pope débonnaire. Joseph, lui, est parti à Saint Petersbourg où il est devenu nihiliste et le jouet d’autres nihilistes, qui l’ont contraint à un mariage arrangé avec une femme qui ne vit pas avec lui. Tout l’équilibre de ce petit monde est chamboulé lorsque Joseph revient avec l’un de ses amis nihiliste, Gordanov, ancien amant de la femme d’un notable local, vieux et riche, Brodostine. Cette dernière entend, en effet, faire disparaitre son mari pour pouvoir récupérer sa richesse et vivre sa vie comme elle l’entend, tandis que Gordanov vise la même fortune pour pouvoir monter un projet qui devrait le rendre encore plus riche. Mais à quel prix ?
Bien que long, le roman est divisé en plusieurs petits chapitre, qui doivent découler de son mode de parution (dans un magazine) et est, de ce fait, très lisible. Le style est efficace et moderne. Comme pour Dostoïevski, on peut comprendre que les traductions contemporaines se veulent plus proches du texte que les traductions classiques, ce qui rend le livre très vivant et agréable. Sur le fond, Leskov traite des mouvements spirituels et politiques de la fin du XIXème siècle en Russie : la tradition, d’un côté, et le nihilisme, le socialisme, le spiritisme de l’autre. Outre une peinture de ce monde, qui peut laisser penser parfois à ce que l’on peut apercevoir chez d’autres auteurs russes de l’époque, on assiste à une belle exploration des personnages, dans leur vérité crue. Aucun des personnages n’est traité superficiellement et offre une réelle profondeur, que ce soit dans ses croyances ou dans ses espoirs, ses doutes, ses erreurs, leur façon de les affronter.
Je ne connaissais pas Leskov qui, visiblement, est passé au second plan face à d’autres auteurs, plus traduits. Et c’est une bonne chose que de voir un tel roman traduit et publié. J’espère que d’autres le sont ou le seront et que le choix de la maison d’édition se portera sur un graphisme un peu moins, comment dire, osé ?