Re: Traits autistiques ou trésors mythiques ?
Publié : mer. mai 27, 2026 8:19 pm
Isabelle s’est vu accoler [le] sigle [TDAH] il y a deux ans, à 53 ans.
« Une claque », dont elle ne parle pas autour d’elle. Ses médecins l’ont « dite dépressive » pendant des années.
Les oublis, les retards, les confusions dans les dates, la procrastination, l’incapacité à se concentrer en conduisant, elle les pensait « normaux ». Elle n’avait pas non plus remarqué sa tendance à couper la parole à ses interlocuteurs, parce qu’elle anticipe leurs réponses. « Je me pensais juste nulle. »
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Quant à Christophe [...], il a été « embarqué en copilote » avec sa fille lorsqu’elle a été diagnostiquée en 2018 – elle avait 8 ans, lui 41. Peu à peu, il a compris les difficultés sociales de son enfant, ses rêveries, sa tendance à agacer à l’école, son incapacité à rester assise : « Ça m’a rappelé quelqu’un… » Les remarques qu’il avait lui-même encaissées pendant toute sa scolarité. L’isolement, jusqu’à ses 25 ans, parce qu’il était « toujours en mode pile électrique ».
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L’image d’un trouble de l’enfance n’a rien arrangé aux lacunes. S’il l’a évoquée avant, le DSM – la grande bible américaine de la psychiatrie − n’a détaillé qu’en 2013 seulement les critères diagnostiques de la possible persistance des symptômes après la majorité. Les programmes de médecine français l’évoquent explicitement depuis une dizaine d’années. « Avant, le TDAH s’arrêtait à 17 ans, 11 mois et quelques heures, un peu comme par magie », ironise Yann Le Strat, psychiatre à l’hôpital francilien Louis-Mourier.
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Non pris en charge, un TDAH peut générer des difficultés professionnelles, sociales, familiales, des addictions, des accidents domestiques ou de la route, voire un risque suicidaire accru.
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Le repérage est encore plus épineux chez les adultes, car « ils ont appris à compenser toute leur vie, souvent au prix de gros efforts et de fatigue », poursuit le médecin. Beaucoup ne s’en rendent même pas compte. Le fait que la dépression, l’anxiété ou les addictions puissent expliquer une inattention, ou, à l’inverse, être des complications du TDAH, rajoute à la complexité. « Les symptômes fluctuent, rappelle le spécialiste. Ils peuvent s’atténuer ou s’intensifier lors du passage aux études supérieures, d’une évolution professionnelle, de la naissance d’un enfant… »
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Il y a aussi ce traitement presque quotidien. Le méthylphénidate – vendu sous les noms de Ritaline, Medikinet, Concerta… – est la principale molécule indiquée pour le TDAH. Elle a un effet rapide sur le système nerveux central. « C’est comme passer de la plage de Saint-Tropez en août à une voie de chemin de fer au milieu d’une forêt, illustre Christophe. Je n’avais jamais vécu ça. » Revers de la médaille : au bout de huit heures, les symptômes reviennent – raison pour laquelle lui préfère s’en passer.
La prise de ce médicament est proposée au cas par cas, selon les impacts quotidiens du trouble, et parfois par périodes. Les effets secondaires (augmentation de la tension artérielle, du rythme cardiaque, maux de tête, troubles du sommeil…) varient selon les patients. Une molécule alternative, au fonctionnement similaire, est disponible dans les pharmacies depuis janvier 2025 : la lisdexamfétamine, commercialisée sous le nom de Xurta.
Là encore, pour les adultes, il a fallu attendre. La France n’a étendu l’indication du méthylphénidate aux plus de 17 ans qu’en 2021 – avant, seuls certains spécialistes hospitaliers le prescrivaient, à titre exceptionnel.
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Mary, conseillère d’insertion pénitentiaire en reconversion, est aussi en train [de] monter une [association d'aide], vers Nîmes. Elle, a été diagnostiquée l’année dernière, à 48 ans. « Bien prise en charge », mais « en colère » en repensant à toutes ces situations qu’elle aurait pu éviter. L’instabilité sociale et sentimentale. Les addictions, aux jeux vidéo et au poker. Le choix, en quelques minutes, de quitter sa Belgique natale et la direction d’une maison d’enfants pour devenir caissière à Montpellier – job proposé par une connaissance en ligne. Les dépressions, burn-out et tentatives de suicide.
Apolline Le Romanser, « “Mon cerveau, c’est comme du pop-corn” : à l’instar de Michel Cymes, comment le diagnostic d’un TDAH à l’âge adulte change la vie », Libération, 7 mai 2026
https://www.liberation.fr/societe/sante ... DDXHTWCZI/